mardi 29 novembre 2011

Entretien avec Watchtower Comics : le mainstream. Partie 1


Bonjour à tous, après quelques jours d'absence de notre blog, nous signalons notre retour en fanfare avec un nouvel entretien avec Mdata, auteur/concepteur/webmaster du site Watchtower Comics, et grand lecteur de comics toujours prompt à échanger sur sa passion. Il nous propose ici de nous éclairer sur la production mainstream ("grand public" en vf) du comics. Je lui laisse volontiers la parole en le remerciant encore pour sa grande gentillesse et sa disponibilité.



Préambule : Le superhéros reste l’image marquante du comics en général, et probablement la grande dominante de sa production. Comment la magie de superhéroïnes et superhéros habillés en slip et collants peut-elle opérer sur des gens qui ont plus de 15 ans ?

Mdata : Je pense qu’il y a plusieurs facteurs qui jouent. Pour les lecteurs qui ont connu les super héros quand ils étaient plus jeunes, il y a une composante affective : on s’accroche aux super héros de son enfance pour se raccrocher à son enfance plus ou moins consciemment. Pour les lecteurs qui découvrent les super héros plus tardivement, il y a sûrement des choses qui leur plaisent au niveau de la composante fantastique de ces univers (ce qui peut aussi s’appliquer aux lecteurs de longue date d’ailleurs). Je suis plus circonspect par contre sur le rôle des adaptations filmées, je connais bon nombre d’amateurs de films tirés de comics qui n’ont aucune envie d’en lire ne serait-ce qu’une page.

P : Quelles sont aujourd’hui les forces en présence, et comment le marché est-il segmenté en France et aux USA ?

M : Je dirais qu'aux USA Marvel et DC sont à peu près équivalents, pas forcément en même temps, mais en moyennant sur plusieurs années, les montées et pertes de chacun doivent se compenser. Mais c'est vraiment un avis "à la louche", mon ressenti de simple lecteur et j'espère ne pas dire de bêtises ! En France par contre Marvel est un véritable poids lourd par rapport à DC, qui peine à survivre. Mais peut-être cela va-t-il changer en 2012 !

P : Comme bon nombre de lecteurs en France, tu as commencé par du Marvel, qu’est-ce qui fait selon toi la force de la « Maison des Idées » ?

M : Je dirais que la forte cohérence de l’univers partagé Marvel fait partie de ses points forts. Alors qu’il a fallu plusieurs crises chez DC pour tout remettre à plat, la continuité a été établie dès le départ chez Marvel, même s’il y a évidemment des couacs. Après il ne faut pas se leurrer, une des raisons du succès de Marvel en France provient de sa très forte implantation du fait du travail de Lug (et d’autres éditeurs dans une moindre mesure), faisant que l’univers Marvel est devenu quelque chose de familier pour les lecteurs de super héros.

P : Quelles sont les différentes ambiances que proposent les séries/équipes des héros Marvel ?

M : Il y a plusieurs tendances dans le mainstream. Je pense que les principales sont l’urbain, qui concerne les héros “terre à terre” comme Daredevil ou Spiderman et le cosmique qui traite de sujets dépassant de très loin la simple Terre (où on retrouve des séries comme Guardians of the Galaxy). Après l’essentiel de la production super héroïque se situe entre les deux, le curseur se déplaçant d’un côté ou de l’autre suivant la série. 

P : As-tu des héros préférés depuis tes premières lectures ?

M : Mmmm...c’est difficile à dire, je dirais Iron Man, Daredevil, les 4 Fantastiques et les X-Men période Claremont. Mais j’en apprécie beaucoup d’autres !

P : Comment perçois-tu l’évolution de Marvel depuis les années 80 ?

M : Après une décennie où Marvel a continué d’exploiter les séries phares qui ont décollé dans les années 1970 (comme Uncanny X-Men), la qualité a sombré dans les années 90 : crossovers à gogo, surabondance de clichés (bimbos, héros “cool” qui fument et ont des gros flingues...)...Il y a eu un véritable redémarrage de l’éditeur avec l’arrivée de Joe Quesada, qui a su attirer de nouveaux talents (ou des auteurs reconnus dans d’autres domaines) dont le travail a remis Marvel sur les rails. Par contre j’ai l’impression que l’on est entré dans une nouvelle phase déclinante, avec les events à gogo, le revival de concepts des années 90 et surtout le buzz/teasing. D’autant qu’avec l’arrivée des films, Marvel tente de faire coller au mieux son univers à celui des films, et le résultat n’est pas toujours très heureux. Par exemple la mini-série X-Men Forever avait pour finalité de changer l'apparence du Crapaud et de Mystique pour coller au film (cela n'a pas duré pour Mystique). Idem pour les lance-toiles organiques de Spiderman qui sont apparus d'un coup. Concernant Iron Man, il y a le fameux "répulseur" de Stark (à l'origine un répulseur c'était juste l'arme dans les paumes de ses mains), même si Fraction a essayé de limiter la casse pour le réacteur dans la poitrine, et Pepper qui est revenue comme un cheveu sur la soupe. Bref, rien de "grave", mais je trouve dommage qu'il faille absolument remettre sur papier des choses qui proviennent de choix des personnes qui ont fait les adaptations.

P : On va entamer les questions difficiles. Essayons de nous mettre dans la peau d’un néophyte voulant découvrir l’univers Marvel, qu’est-ce que tu lui conseillerais de faire ? Comment se retrouver dans ce nid de crossovers, équipes décomposées et recomposées, héros morts puis ressuscités ?

M : Je commencerais par essayer de cerner ses préférences, histoire de cibler les univers susceptibles de lui plaire (cosmique, urbain...), avant de suggérer un récit complet pour essayer de prendre la température et voir si ça prend. Mais de toute façon à mon avis il n’y a pas de “bonne” manière de commencer les comics. C’est un peu comme sauter la première fois dans le grand bain, il faut se lancer et quel que soit le point d’entrée il est illusoire de penser qu’on peut éviter l’écueil de plusieurs décennies de continuité. En effet malgré les multiples retouches de la continuité pour minimiser le recul nécessaire au lecteur par rapport à la production Marvel, on n’est jamais à l’abri d’un scénariste qui décide de ressortir un obscur personnage bien antérieur à un point d’entrée.

P : Quelle est la différence entre suivre les fascicules en kiosque et se procurer les parutions en librairie ?

M : La différence principale concerne le budget : un lecteur occasionnel peut se laisser tenter par une revue à 4€ mais sera plus réticent à en risquer 30 pour un album. Après suivant les séries, il y a aussi une certaine déconnexion avec les univers partagés en librairie par rapport au kiosque, faisant de la librairie un meilleur point d’entrée pour se risquer dans le monde des comics. Mais à part ces considérations ce n’est pas si différent à mon avis.

P : Que penses-tu du travail de Panini dans la restitution en vf de l’univers ?

M : C’est une question piège ! Panini fait globalement du bon travail, en proposant des revues variées qui représentent l’essentiel de l’offre Américaine à un prix sommes toutes raisonnable en kiosque (en librairie c’est plus aléatoire). Il est juste dommage que cela soit entaché par des bourdes comme des soucis d’impression (par exemple l’Omnibus Alias) ou certaines traductions mal écrites et/ou non relues. Peut-être que cela changera avec l’arrivée de la concurrence...

P : Le phénomène du Multivers impacte depuis plus de 10 ans l’univers Marvel, comment juges-tu les productions Ultimates, 1602, Marvel Noir, ou Age of Apocalypse ? Est-ce qu’on est encore dans le « mainstream » ?

M : A mon avis nous sommes toujours plus ou moins dans le mainstream, même si Marvel Noir est un peu tangent. Il s’agit d’autres univers, mais on reste dans la même logique. A ce titre, l’univers Ultimate est un peu à part : conçu pour drainer un nouveau lectorat et construire des histoires adaptables au cinéma, il n’entre pas dans la même logique que les autres univers (il est d’ailleurs relativement disjoint). En ce qui me concerne j’apprécie les relectures de l’univers “classique” sous d’autres formes, du moment où cela n’est pas une simple repompe en changeant 2 ou 3 trucs (comme le Spiderman Noir qui est à mon avis beaucoup trop proche du “vrai” malgré ses qualités).

P : Pourrais-tu évoquer certains runs mémorables qu’il serait indispensable de se procurer si on accroche à l’univers Marvel ? Quels sont les auteurs qui font désormais partie du panthéon ?

M : Je dirais qu’un amateur de Marvel devrait avoir lu au moins une fois des récits de “la grande époque” (les années 60), même si je suis conscient que le graphisme de l’époque peut en rebuter pas mal. A part ça, il y a pas mal de grands classiques comme les Fantastiques de Byrne (là il faut tout lire !), la saga du Phénix Noir de Claremont, Born again de Miller,...et plus près de nous Annihilation qui marque le renouveau du cosmique de Marvel, les Ultimates de Millar, Alias et Dardevil par Bendis, Ultimate Spiderman...Difficile de vraiment dresser une liste exhaustive vu l’âge avancé de Marvel ! Pareil pour les auteurs, j’aurais du mal à dresser un panthéon tant il y a eu des auteurs qui ont contribué par leur travail à construire l’univers Marvel tel que nous le connaissons.



Si vous voulez en savoir plus sur les coups de cœur de Mdata, je vous conseille de faire un tour sur son site où de nombreuses critiques sont présentes : 
Alias de Bendis : Tome 1, Tome 3, Tome 4, Tome 5
Dernièrement, Mdata a écrit un article sur la parution en anglais de l'ensemble du run de Byrne sur les 4 Fantastiques. Vous pourrez vous faire une idée sur son appréciation plus que positive de l'ouvrage.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire