jeudi 31 mai 2012

Rencontre avec Maylis de Kerangal, le samedi 9 juin



La librairie Préambule est fière de vous annoncer que nous accueillerons Maylis de Kerangal le Samedi 9 juin, de 15h à 18h30. L'occasion idéale pour rencontrer, découvrir et apprécier un des plus grands auteurs contemporains, déjà présente l'an dernier en cité cassidenne dans le cadre du Printemps du Livre. 


Comme à nos habitudes, nous prendrons possession de la rue Pierre Eydin pour rendre honneur, entre discussions passionnées et lectures de textes, aux dernières parutions (mais pas que) de Maylis de Kerangal : 

- Naissance d'un Pont (Folio)
- Tangente vers l'Est (Verticales)
- Pierre feuille ciseaux (Le Bec en l'Air) 
- Corniche Kennedy (Folio)



Venez nombreux !


La photo de l'auteure a été prise par Miguel Medina pour l'AFP

mercredi 30 mai 2012

Greg Pak : sous le signe de l'émeraude, troisième partie

 

III Toutes les bonnes choses ont une fin : Incredible Hulks #612-635



Au sortir de World War Hulks, Greg Pak a les coudées franches pour mener son héros comme il le désire. Il est (enfin) débarrassé du poids encombrant du Hulk Rouge, parti sous de meilleurs auspices avec Jeff Parker. A l'instar des deux premières périodes de son run, Pak mobilise Sakaar pour tisser son intrigue. Ici c'est Hiro-Kala, frère jumeau de Skaar qui tient la vedette. A l'instar de ce dernier, Hiro-Kala a été élevé dans la brutalité pour devenir le dernier espoir des Sakaariens après la destruction de leur planète. Autre point commun, Hiro-Kala est loin d'être un ange, et à l'aube de ses jeunes années est déjà responsable de milliards de morts pour avoir poussé la planète Gaiusar dans le ventre cosmique de Galactus. Fusionnant avec l'esprit planétaire de K'ai, il dirige la planète vers la Terre pour l'anéantir. Skaar sentant la menace via l'Ancienne Force, prévient son père qui apprend par là-même l'existence d'un deuxième fils psychopathe. Et voilà notre héros reparti pour solutionner les déboires de sa progéniture. Malgré les ressemblances narratives avec l'arc précédent, Pak évite le piège de la répétition. Vous l'aurez noté, Incredible Hulk a cédé le pas à Incredible Hulks. Hulk dirige effectivement un pure équipe gamma (Skaar, A-Bomb, Miss Hulk, Miss Red Hulk, et l'exception Korg). Ce qui est désormais la Hulk Family est une team de choc qui assure le spectacle mais pas que. Pak joue la carte de la continuité en proposant à nouveau un Hulk particulièrement intelligent en leader assumé et compétent. Pak étoffe aussi la thématique familiale qui est au coeur des enjeux de ce nouveau départ. Bien qu'entouré d'un fils avec lequel il a tissé de puissants liens et de sa cousine qui le soutient inconditionnellement, Banner ne sait pas comment gérer le retour d'une Betty particulièrement déséquilibrée. Pak évite également la redite en ne faisant pas de Hiro-Kala un Skaar-bis, et offrant une conclusion qui tranche radicalement avec la fin de World War Hulks. Une belle manière de boucler la boucle sur les relations Hulk-Sakaar, et de rappeler les puissantes contradictions qui habitent "le Destructeur de Mondes". Si vous voulez le fond de ma pensée, Greg Pak aurait dû s'arrêter là.

Avec Incredible Hulks #618-635, notre scénariste commence à s'essouffler. Un paradoxe alors que son personnage évolue en dehors des clous de l'univers Marvel et que Pak retrouve la liberté scénaristique des débuts. Il va pourtant commettre une série d'erreurs. Son premier choix contestable est de vouloir faire absolument coller la Hulk Family à la deuxième série qu'il co-écrit avec Lente, Hercules. Hulk se retrouve balancé en plein crossover Chaos War alors qu'a priori il n'avait rien à y faire (seuls les personnages divins sont censés rester éveillés pendant l'event). Pire, il en profite pour ramener temporairement à la vie un certain nombre de personnages qui ont côtoyé Hulk. Cet artifice scénaristique est hasardeux surtout quand il est amené bien trop rapidement dans un crossover aussi court que l'a été Chaos War. Ce n'est pas mauvais mais tout ceci pue la facilité et l'incapacité qu'à Pak de jouer correctement sur deux tableaux différents. Deuxième erreur, Pak n'en finit pas de ramener Hulk vers son passé sakaarien. Débarqué sur la Terre Sauvage, le géant vert doit affronter un ancien "Lié en Guerre" qui a mal tourné. Non seulement l'intrigue est inintéressante, mais en plus, Skaar est purement et simplement abandonné dans la Terre Sauvage dans une séparation qui ne dégage aucune émotion et paraît bien trop artificielle. Ce deux ex scénaristique sonne comme une trahison alors que Pak avait mis tellement d'efforts à en faire un personnage singulier et attachant. La fin du run est principalement consacrée au quatuor amoureux Hulk/Banner-Betty Ross/Miss Red Hulk. Une bonne idée sachant que la relation Banner/Betty est un des fondamentaux de la série et qu'un traitement sérieux s'imposait. Et là réside la dernière erreur de l'auteur. Pak joue bizarrement la carte de la gaudriole et tout l'arc est écrit comme une pièce de théâtre de boulevard. Encore une fois, la tonalité Hercules n'est pas exportable à l'univers Hulk, et il n'est pas conseillé d'exhiber Amadeus Cho dès qu'il est possible de le faire. L'intrigue est loin d'être transcendante, souvent confuse autour d'une histoire fumante de puits miraculeux et de voeux. Il est regrettable que Pak ait ramené la série à sa seule dimension titanesque, car il faut bien avouer que niveau spectacle le lecteur en a toujours pour son argent. On referme malgré tout la dernière page avec un large sourire aux lèvres, content du dénouement et de la "sérénité hulkienne" qui baigne notre couple.  Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin.

Il serait temps de conclure, me direz-vous. Malgré les égarements de la fin de son run (tout le monde est humain et a le droit de connaître des pannes d'inspiration), Pak s'est imposé comme un fin connaisseur de l'univers Hulk,  et aura poussé son personnage au summum de ses possibilités. Il serait même criminel de ne pas posséder sur son étagère Planet Hulk et World War Hulk. D'ailleurs pour aider le nouveau lecteur, je vous propose de faire un petit récapitulatif des différentes parutions vf (souvent introuvables en neuf, et oui, merci Panini). Pour terminer sobrement, chapeau bas à Greg Pak, et merci pour ces purs moments de bonheur passés avec le plus grand puits à fantasmes de tous les héros Marvel. 


Bonus : tracer les parutions vf  du run de Pak (bon courage pour les motivés)


Planète Hulk (Incredible Hulk #92-105) : Hulk Volume 3 et Volume 4 (Marvel Monster)
World War Hulk : World War Hulk #1-6 ou World War Hulk (Best of comics)
Tie-in World War Hulk (Incredible Hulk #106-111) : Marvel Heroes (v2) #5-10
Skaar #1-12 : inédit en vf (2 TPB en vo)
Skaar : son of Banner (Incredible Hulk #601-605) : Marvel Extra 3 "Banner et Fils"
World War Hulks (Incredible Hulk #606-611) : Marvel Stars (v1) #1-5
Incredible Hulks #612-617 : Marvel Top 4 "Dark Son"
Incredible Hulks #618-628 : Hulk Volume 5 (Marvel Monster)      
Incredible Hulks #629-635 : Marvel Saga 14

mardi 29 mai 2012

Greg Pak : sous le signe de l'émeraude, deuxième partie

 

 II Tu quoque mi fili : Skaar #1-12, Incredible Hulk #601-611 


Après World War Hulk, Banner est emprisonné par le SHIELD. Pak et Hulk quittent ensemble la scène Marvel et devront patienter pendant de nombreux mois avant de fêter leurs retrouvailles. Entre-temps la Maison des Idées lance un nouveau magazine, Hulk et confie la série à Jeph Loeb. Si ce dernier a déjà travaillé sur le personnage au début des années 2000, il semble bien plus enclin à se concentrer sur son bébé, le Hulk Rouge. Une tendance qui se confirmera dans la durée avec la "déshulkisation" de Banner dans le Incredible Hulk #600. De son côté Pak, associé à son compère Fred Van Lente, entame son run sur Hercules qui a récupéré la place laissée vacante par le géant vert (Incredible Hulk devient Incredible Hercules au #112). On retrouve de la testostérone, mais le duo Pak/Lente privilégie l'humour et les débordements libidineux du demi-dieu. C'est l'occasion en outre pour Pak de mettre en avant le personnage d'Amadeus Cho, meilleur ami d'Hercules et fan numéro 1 de Hulk. Un choix compréhensible au regard de l'identification revendiquée qu'il entretient avec sa dernière création (tous deux sont Américano-Coréens). 

Les ponts avec l'univers Hulk ne sont néanmoins pas coupés. Introduit dans World War Hulk #5, Skaar, fils de Caiera et de Hulk est doté d'une série régulière en août 2008. L'occasion pour Pak de renouer avec le monde impitoyable de Sakaar. La planète est moribonde et se relève difficilement de sa quasi-implosion. Les tribus sont éparpillées et soumises à la loi arbitraire des seigneurs de guerre. Des temps de crise où la nécessité d'un héros, d'un sauveur ou d'un prophète se fait d'autant plus pressante dans le coeur des Sakaariens, orphelins de la "Balafre Verte". Tel est le contexte de la naissance d'un jeune enfant, Skaar, abandonné par son père et dont les seules possibilités de communication avec sa mère se font via l'Ancienne Force, une puissante magie locale. Si son enfance est difficile, élevé parmi les barbares et les monstres, Skaar n'est pas totalement démuni. La génétique étant bien faite, il a hérité des pouvoirs de son père et de l'Ancienne Force de sa mère. Lorsqu'il se révèle au monde, ses talents guerriers et sa lignée font renaître l'espoir parmi un peuple à l'agonie. Pak aurait pu tombé dans le piège d'une simple redite de Planète Hulk. Que nenni ! Si Skaar est pour le coup un véritable Conan extra-terrestre (longs cheveux noirs et grosse épée), il ne marche pas dans les pas de son illustre père. Nourri par le ressentiment contre son géniteur et ses congénères, Skaar apparaît comme un anti-héros. Taciturne et égoïste, le fils de Hulk, loin de combler les attentes qu'il suscite, provoque la destruction finale de sa planète. Une conclusion pour le moins tragique qui confirme la tonalité sombre et désabusée de la série. Comme Skaar est expédié sur Terre, l'occasion est donné à Pak de récupérer son bien. 

Pendant que Loeb se démène dans son Hulk avec ses "mystérieux mystères", pour citer Mdata de Watchtower, Marvel redonne les clés de la série historique à Greg Pak à partir de Incredible Hulk #601. Les jeux sont toutefois bouleversés. Banner est toujours "déshulkisé" et se retrouve avec un double-enjeu sur les bras : préparer le retour du géant vert dans son corps et gérer une progéniture encombrante. Les intentions de Skaar sont en effet claires, il est sur Terre pour régler ses comptes avec son père à qui il reproche le désastre de Sakaar. Les premiers numéros sont cependant écrits sur un ton plutôt léger. La situation est pour le moins cocasse : Banner accepte de former son "fils" qui s'allie temporairement avec lui dans l'attente qu'il se transforme pour le tuer. On peut déplorer ce changement de ton ainsi que certaines erreurs d'écriture (Pak fusille le référentiel Conanesque), car si l'humour fonctionne sur Hercules, il n'est pas forcément adapté à un univers Hulk qui ne prête pas tellement à la franche rigolade. On ne saura pas si Marvel a rappelé Pak pour sauver les meubles avec les events improbables de Loeb (Fall of the Hulks, suivi de World War Hulks, notez le pluriel). Toujours est-il que Pak assure, et réhausse considérablement le niveau en adaptant à nouveau son intrigue. A contrario de Planète Hulk, le scénariste offre un full-Banner intéressant, revenant aux bases du personnage, à savoir un des plus brillants scientifiques, en ajoutant une touche personnelle. Confronté aux complots du Hulk rouge, Pak esquisse un Banner plus cynique, froid, en proposant une interprétation de la dualité plutôt inattendue "Et si la fonction de Hulk était de protéger le monde de Banner ?". Signe de sa maîtrise de SES personnages, Pak résout les enjeux de manière brillante dans un final qui frôle la perfection : action et émotion, symbolique de la dualité Hulk/Banner autour du meurtre du père, toute la palette est utilisée et fait mouche à tous les niveaux. 

Une belle claque qui sauve World War Hulks pour en faire presque un event réussi. Pas de doute, le maître es Hulk, c'est bien Greg Pak. Marvel ne s'y trompe pas et décide de lui laisser la série pour deux années supplémentaires.  To be continued...

lundi 28 mai 2012

Greg Pak : sous le signe de l'émeraude, première partie

Derrière ce titre ô combien lyrique, se cache ma volonté de saluer Greg Pak, à l'occasion de la parution du Marvel Saga 14 qui regroupe les six derniers numéros de son run sur Hulk. Ce petit geste me tenait particulièrement à coeur, sachant que c'est avec son Planète Hulk que j'ai attrapé le virus du comics en général et du géant vert en particulier. En guise d'hommage, je vous propose de revenir en trois parties sur son long règne de cinq ans (2006-2011). 

I L'avènement du "Destructeur de Mondes" : Incredible Hulk #92-111, World War Hulk #1-5


Greg Pak récupère Hulk alors que le personnage vient de subir une des pires infamies de son histoire. Les puissants Illuminati (Dr Strange, Red Richards, Tony Stark, Professeur Xavier et Flèche Noire des inhumains) décident de régler la "question Hulk" une bonne fois pour toutes, et profitent d'une mission piège pour l'expédier au fin fond de la galaxie. Le plan des courageux protecteurs de la Terre prévoyait un exil sur une planète inhabitée pour apaiser le "monstre". Les voyages spatiaux étant ce qu'ils sont, Hulk débarque sur Sakaar, une planète aride et sanguinaire sous le règne totalitaire du Roi Rouge. Réduit au statut d'esclave-gladiateur, Hulk arpente les arènes plus enragé que jamais, et finit par détrôner son tyran. Le mérite du récit de Pak est double. D'une part il livre une intrigue efficace et jouissive aux nombreuses références, empruntant à Spartacus et surtout à Conan, dans une atmosphère guerrière et violente qui correspond parfaitement à l'état d'esprit d'un Hulk temporairement asservi. D'autre part, Pak a la géniale idée de prendre un contrepied total par rapport aux récits traditionnels qui caractérisent le personnage. En lieu et place de la thématique habituelle du monstre incompris, solitaire et simplet, le scénariste compose un Hulk à l'esprit vif, autour duquel se construit une fraternité soudée. Plus, le rejeté de la Terre s'érige au fil de ses combats en libérateur adulé pour devenir au terme de son périple un roi respecté et aimé par tout un peuple. Une transfiguration complète du personnage, et un choix scénaristique particulièrement payant d'occulter Bruce Banner pour livrer une psychologie singulière et plus fine de son alter-ego. Pak a compris quel était le potentiel de Hulk seul et le restitue admirablement. Planète Hulk est ainsi un condensé de dimension héroïque, de surpuissance titanesque et de tragédie grecque, puisque Pak conclut son récit sur la destruction de Sakaar et la perte pour Hulk de sa reine bien aimée. Un nouveau signe du cruel destin qui l'accable, le privant d'un monde qui l'avait accepté, lui, le guerrier étranger, pour celui qu'il était. Une thématique identitaire parfaitement maniée et qui sonne comme un réquisitoire sur cette capacité qu'à l'homme d'exclure ce qu'il ne parvient à comprendre.

Ce funeste coup du sort appelle vengeance, et pour Hulk, les coupables sont désignés : ce sont les "héros" qui l'ont exilé et qui sont responsables de l'explosion fatale à Sakaar. Accompagnés de ses frères d'armes, "Les Liés en Guerre", son retour sur Terre s'annonce particulièrement violent. Voici venu le fameux crossover World War Hulk, qui consacre un Hulk plus puissant que jamais, en mode "Destructeur de Mondes" au paroxysme de sa colère. Un certain nombre de bloggeurs ont souvent minoré la valeur de l'event. Soyons clair, WWH est un des meilleurs crossover qu'il m'ait été permis de lire. D'aucuns n'y voient qu'un empilement de bastons... Eh les gars ?! C'est un Hulk au top de sa rage, normal que ça ne fasse pas dans la dentelle. Et puis ça fait du bien de voir notre géant vert malmener ou carrément défoncer toutes les têtes à claques et autres poseurs de l'élite marvelienne : Wolverine, Flèche Noire, Red Richards, et surtout cet insupportable Tony Stark. Les gens ont aussi tendance à oublier que le récit de Pak se distingue par sa cohérence et son respect de l'univers. WWH est l'aboutissement somme toute logique de l'exil de Hulk, et sa conclusion rend honneur au retour du Héros qui détruit toutes les postures hypocrites de ses anciens camarades. Le crossover prend ainsi tout son sens dans les déficiences latentes du management superhéroïque. La gestion du cas Hulk est à ce titre le symbole criant de l'échec du projet Illuminati, Si les têtes pensantes s'étaient donné pour but de prévenir toute menace potentielle, ce sont finalement les Illuminati qui ont créé par leur série de choix contestables le "Destructeur de Mondes". Un habile renversement des rôles et des valeurs qui se dessine en filigrane de WWH et qui préfigure le marasme Secret Invasion.

Avec World War Hulk, un auteur est né. Greg Pak s'impose d'emblée comme un des scénaristes ayant le mieux saisi les multiples possibilités de Hulk avec des numéros de très grande facture. La désillusion sera grande pour les fans quand Jeph Loeb récupère le personnage et balaye tous les apports du run de son prédécesseur. L'amertume sera pourtant de courte durée. To be continued...

dimanche 27 mai 2012

New 52 : Action Comics #7 et #8

 


















Après six premiers numéros de qualité, voyons ce que Morrison nous a concocté pour boucler le premier arc narratif de son run. Il faut tout d'abord faire un petit retour en arrière, à Action Comics #4 plus précisément, pour effectuer un petit point sur l'intrigue. 

Dans le #4, Superman est confronté à un soldat robotisé rendu fou pour la haine et qui souhaite régler son compte à notre héros. En parallèle des centaines de robots ont posé pied sur Terre et pille allègrement les plus belles collections artistiques et les artefacts technologiques les plus significatifs. Le numéro se concluait sur la disparition de toute une portion de Metropolis. Avec le numéro #7, Superman part à la recherche des Metropolitan disparu et pénètre le satellite des robots collecteurs. Après quelques affrontements, il découvre un ensemble de mondes miniaturisés et enfermés dans des bouteilles. Son regard se fixe sur une ville de la planète Krypton. Avec le numéro #8, tout s'accélère, et Superman est confronté par Brainiac, le maître des lieux, à un choix cornélien. Le collecteur annonçant la disparition inéluctable de la Terre, Superman doit choisir entre les dernières traces de sa culture d'origine ou les humains emprisonnés.

En bouclant le dernier numéro, Grant Morrison a déjà résolu un certain nombre de points pour la construction de de son superhéros. Cet arc résonne effectivement comme l'acceptation par Kal-El de son destin de Superman. Une construction synonyme d'une double démarche identitaire : le choix de la Terre et de ses habitants qui lui renvoient son image de protecteur, et la découverte progressive d'un passé enfoui qui se révèle de plus en plus. Kal-El a besoin d'être Kryptonien et Terrien pour embrasser son statut, tout autant l'un que l'autre, les deux se combinant pour aboutir à la synthèse de Superman.  Une dimension qui constitue le fil rouge pendant ce premier arc, et qui fonctionne très bien dans le scénario de Grant Morrison. 

Un petit point sur les dessins de Morales qui ont les mêmes qualités et défauts que lors des premiers numéros de la série. C'est souvent très beau et détaillé, et par moment les visages sont particulièrement ratés. Rien de choquant, j'aurais plutôt tendance à dire que les dessins rehaussent la qualité de la série plutôt que la plomber. 

Un dernier point peut-être sur les séries annexes qui ponctuent chaque épisode de Action Comics. On retrouve à nouveau le Steel Man (le clin d'oeil est évident), qui a porté assistance récemment à un Superman en difficulté. Dans ce récit, on le voit confronté à la gestion de la disparition d'une partie de Metropolis et d'apprendre l'éprouvante vie de héros en gestion de post-crise. Une thématique sur l’héroïsme et l'humanité, convenue mais bien exécutée. Pour le #8 le récit annexe se permet un gros cliffangher pour introduire une nouvelle menace. A voir donc au prochain numéro.

jeudi 24 mai 2012

Megaverse accueille Préambule


Grande nouvelle pour le blog Préambule qui rejoint officiellement en ce jeudi 24 mai la galaxie Megaverse. L'occasion pour moi de vous présenter ce superbe outil, indispensable à tout amateur de comics qui se respecte. 

Megaverse est LE site agrégateur de tous les sites et blogs qui traitent du comics. A l'heure actuelle, il compile pas moins de 75 de nos camarades dont chaque nouveau billet est automatiquement diffusé sur l'agrégateur. Une aide inestimable pour quiconque souhaite se tenir au courant de l'actualité comics ou cinéma. Plus, Megaverse catégorise les publications écrites, audio et vidéo pour une meilleure lecture de la masse d'informations quotidiennes qui abreuve internet. Cerise sur le gâteau, chaque site contributeur est doté d'un fil propre qui liste ses derniers écrits, ce qui donne encore plus de profondeur au contenu directement visible sur Megaverse.

On ne saurait trop remercier ce travail titanesque d'un véritable passionné du comics. Grâce à Vincent, le webmaster et créateur de Megaverse, non seulement sont multipliées les opportunités de découverte pour l'internaute, mais en plus la communauté virtuelle du comics bénéficie d'une visibilité bien plus importante, facteur déterminant pour assurer et développer ce qui nous lie tous. 

C'est vous dire l'honneur qui est fait au bien modeste blog Préambule, qui peut ainsi côtoyer ses glorieux aînés, Comics Chronicles, Comicsblog ou Watchtower, pour ne citer qu'eux. 

N'hésitez pas à visiter Megaverse (et comme moi à l'ajouter dans vos favoris), et faire un tour sur son blog dédié, Megazine, pour vous tenir au courant de son actualité et de ses derniers ajouts.

The Boys, T14

Pour la première critique d'une parution librairie en vf, l'exercice est hasardeux. Difficile en effet de chroniquer une série en cours, et bien en cours, puisque nous sommes déjà au tome 14 du fantastique The Boys, du non moins génial Garth Ennis (Hellblazer, Preacher, Punisher, Punisher Max,War Stories, et plein d'autres trucs). Malgré tout sa lecture me fait prendre la plume, car on peut souligner plusieurs choses intéressantes. 

Ne vous attendez pas à ce que je vous raconte en détail ce qui s'est passé dans les 13 précédents volumes. Un point quand même sur l'intrigue : The Boys raconte l'histoire d'un groupe d'agents dépendants de la CIA chargé de la surveillance des superhéros. Car les super-slips dans cette série ne sont pas les parangons de vertu auxquels le lectorat est habitué : drogués, psychopathes, tueurs irresponsables, alcooliques en passant par partouzeurs ou violeurs à leurs heures perdues. Le groupe des P'tits Gars dirigés par l'impitoyable Butcher se charge donc de les mettre au pas avec toute la finesse d'une sulfateuse dans les mains de Schwarzy. Longtemps, la série a servi de défouloir aux goûts sadiques de Garth Ennis. Immense écrivain de comics qui a la particularité de détester tout ce qui porte une cape ou un costume (il suffit de lire son Marvel Knights : Punisher pour s'en convaincre), The Boys aura été l'occasion pour Ennis de régler indirectement ses comptes avec toutes les grandes figures mythiques des productions Marvel et DC : la Justice League (en particulier Superman), les Vengeurs et les X-Men. Une succession de démastiquages explosifs, un humour ravageur qui tape bien sous la ceinture, des clins d'oeil affirmés et qui font systématiquement mouche ont été les points forts d'une série que l'on peut qualifier de "culte", quand bien même on serait allergique, comme l'auteur de ces lignes, à ce terme si souvent galvaudé. 

Oui mais voilà, Garth Ennis est un sacré roublard et surtout un écrivain à l'arc multi-cordes. Cela fait plusieurs volumes (disons depuis Herogasme), que la série évolue, doucement mais sûrement. Sous ses airs d'auteur sarcastique et immature, on oublie que Ennis est particulièrement à l'aise avec certaines thématiques. Dès lors qu'il s'agit de s'attacher aux sentiments ou aux valeurs humaines, notre britannique range momentanément les shotguns et peut livrer des dialogues particulièrement émouvants. Les lecteurs du Punisher et surtout de Preacher retrouvent ce côté de l'écrivain dans l'évolution de la relation Hughie/Stella, liaison aussi impossible que sincère. C'est par ce biais-là en tout cas que Ennis a décidé de faire lentement basculer la tonalité de sa série, soufflant un peu sur l'action et le dégommage en tout genre. Le tome 13 était révélateur de ce changement, ses planches étant consacrées au développement psychologique de Hughie, entre nostalgie, remords, colère, et remise en cause personnelle. 

Ce tome 14 est le moyen pour Ennis de renouer avec un autre genre qu'il affectionne : la guerre. Le titre est évocateur "Préparation propre et planification". Pas de jeux de mots, pas de sous-entendus graveleux. Non. Du martial pur et dur, au premier degré. Le moyen pour l'écrivain de lever enfin le voile sur ce qui a pu foiré il y a quelques années quand Butcher a du se replier provisoirement face aux super-héros. L'alternance passé/présent autour des mêmes enjeux (préparer la mise à mort des slibards) baigne l'ensemble du comics pour déboucher sur un final qui met vraiment l'eau à la bouche (enfin je ne parle pas de l'illustration finale, rarement vu un truc aussi dégueulasse). Attention pour les prochains volumes, ça annonce une bien belle bataille. L'évolution de la série se ressent aussi dans le traitement moins uniforme des deux équipes. Avant l'heure fatidique, Ennis nous montre que les équipes ne sont pas si soudées que ça, que les lignes de fracture sont latentes. Là encore on gagne en subtilité et en maturité. Par contre, la série n'a tout de même pas changé de nom, et nous sommes bien présence de l'humour typiquement ennisien. Une belle scène gonzo avec une handicapée, un dialogue hilarant pour ce qui suit, mais à la différence de ce à quoi on était habitué, même le côté déjanté est désormais raccord avec le récit et à la "planification" des enjeux. 

Certains peuvent regretter que l'on perde peu à peu la folie des débuts de la série. Je crois qu'au contraire il faut se féliciter de voir ici Ennis à son plein potentiel, jonglant avec habilité avec l'ensemble des outils scénaristiques qu'il est capable de mobiliser, alternant le fun et le sérieux, le jouissif et le sensible. Oui, il faut se féliciter de cette transformation, qui fait passer The Boys du statut "plaisir coupable" à celui de série solide et qui comptera dans la bibliographie, pourtant déjà bien fournie en chefs d'oeuvre, de Garth Ennis. Hail to the king !