dimanche 3 mars 2013
New 52 : Bilan de Février (3)
New 52 : Bilan de Février (2)
Suite des critiques sur les publications DC pour le mois de février
Univers Justice League
Green Arrow #17 (Lemire/Sorrentino) :
Action Comics #17 (Morrison/Walker/Morales) :
Wonder Woman #17 (Azzarello/Akins/Pinna) :
New 52 : Bilan de Février (1)
Bonnes résolutions pour ce début d'année 2013 pour les futures chroniques de comics. Concernant la VO, je vais tenter un nouveau format pour garder un certain rythme de publication. Les critiques détaillées vont donc céder le pas à de la chronique de masse mensuelle. Pour ce premier numéro, nous nous intéresserons donc aux séries VO de DC que je continue à suivre. Crossovers obligent, certains titres vont passer à la trappe (Batman #17, Detective Comics #17, Justice League #17, Animal Man #17 et Swamp Thing #17), mais il reste tout de même une petite pelletée de titres à commenter.
Univers Batman
Catwoman #17 (Nocenti/Sandoval) :
Batgirl #17 (Fawks/Sampere) :
Nouvelle équipe sur le titre, avec notamment l'éviction actée et très controversée de Gail Simone sur le titre. Pas de grande révolution, puisque Fawkes marche clairement dans les clous de son prédécesseur. Ce numéro fonctionne presque comme un Aftermath de Death of the Family. Barbara Gordon doit donc gérer le retour de son frère qui lui a déjà joué un vilain tour avec le Joker. On retrouve le Jim Gordon Jr de Sombre Miroir, en bon sociopathe qui se respecte. Rien de très novateur, mais le numéro se lit bien. Pas dit toutefois que cela suffise pour que je mette à Batgirl... Pour les dessins, j'aime bien ce que fait Sampere, avec un trait assez mature qui donne un rendu plutôt sombre à l'univers de Batgirl.
Talon #4 (Tynion IV/March) :
Batman The Dark Knight #16 (Hurwitz/Van Sciver) :
Je m'étais juré d'arrêter BTDK car la série pataugeait depuis quelques numéros. Laissé à l'abandon par ses scénaristes, BTDK semblait même voguer en dehors de la continuité New 52. Conscient des failles patentes du titre à l'écriture, DC a appelé à la rescousse l'écrivain Gregg Hurwitz pour conclure (et pas forcément de manière convaincante) l'arc sur Scarecrow. Autant dire que c'est presque un miracle pour ma part d'avoir acheté ce nouveau numéro (je ne me l'explique pas encore). Et grand bien m'en a pris, car Hurwitz signe un grand début d'arc. Voilà donc l'arrivée du Mad Hatter (Le Chapelier Fou) dans les New 52, et niveau flippe, le nabot n'a rien à envier au Joker. Hurwitz n'oublie pas Bruce Wayne en route et signe des dialogues efficaces pour souligner les déboires sentimentaux et émotionnels de son protagoniste. Au dessin, Ethan Van Sciver remplace David Finch (parti sur la nouvelle série JLA), et il n'y a pas de quoi regretter ce changement. Le dessin est superbe, sa vision du chapelier est excellente et certaines planches sont particulièrement bien pensées. L'esprit Dark Knight est présent dans tout le numéro, bref que du bonheur. C'est incontestablement mon coup de coeur de Février. Bref, s'il faut essayer BTDK, l'opportunité est trop belle pour ne pas la saisir.
A bientôt pour la suite des bilans.
samedi 2 mars 2013
IL, de Derek Van Arman
Il se situe dans la tradition des romans policiers sur les tueurs en série. Derek Van Arman lui décide de faire les choses en grand en mettant en scène plusieurs tueurs en série en activité dans le même roman. C'est d'ailleurs une série de meurtres/disparitions dans l'Est des USA qui déclenchent les différentes enquêtes menées par Jack Scott, profiler en chef d'une cellule fédérale spécialement chargé des tueurs en série. Et là où Derek Van Arman va décidément plus loin, c'est qu'il ne se borne pas à guider le lecteur au prisme des seuls enquêteurs, mais nous offre aussi le point de vue des T-Recs (les tueurs récréatifs) en chasse de leurs victimes. L'écrivain brouille ainsi les statuts de ces personnages, les traqueurs devenant tour à tour les traqués. Difficile toutefois de vous offrir un résumé digne de ce nom car Il reste un roman particulièrement dense (plus de 760 pages) et que l'écrivain a manifestement décidé de soigner son intrigue et ses personnages, en brassant plus de 150 ans d'histoire autour d'une bourgade anodine.
A propos de ces derniers, l'écrivain joue la carte de la sécurité notamment pour les policiers avec lesquels il compose un duo relativement classique du roman policier. D'un côté le fameux Jack Scott, vieil expert des tueurs en série, cultivé, ayant la sagesse de son âge. De l'autre Franck Rivers, policier d'état impulsif, grande gueule, réfractaire à toute autorité, mais tout aussi intelligent. Le maître et son improbable disciple, mais qui nouent au fil de l'enquête une relation où s'entremêlent affection, respect et amitié. Un type de duo relativement éprouvé, mais diablement efficace, notamment sous la plume de Van Arman très à l'aise avec son couple auquel le lecteur s'attache rapidement. Là ou il prend plus de risque c'est avec ses personnages de tueurs, en dépeignant leurs interactions spéciales, leur froide appréhension de leur environnement, tout en ne cédant pas à l'erreur de la "déshumanisation" à outrance.
L'univers d'Il est de fait un monde sombre, inquiétant, peuplé d'êtres dangereux aux connections troubles. Un univers d'autant plus oppressant qu'il côtoie sans prévenir celui des gens ordinaires et que le basculement de l'un à l'autre se fait sans transition, entraînant sans prévenir les innocents en enfer. Pas besoin de faire dans la surenchère de scènes gores, car Van Arman ne cède que très peu à l'artifice de l'hémoglobine, pour privilégier l'étude détachée des désaxés et de leurs psychologies anormales. Il faut aussi avouer Sonatine ne nous aura pas survendu son roman, car effectivement Il se pose comme une enquête particulièrement immersive du fait de la précision des techniques d'investigation et de ses descriptions soignées.
Vous l'aurez aisément deviné, Il est un très bon roman policier, qui satisfera sans aucun doute les amateurs du genre. Il fait même plus que remplir tranquillement son cahier des charges en prenant son temps et en s'intéressant en détail à chacun de ses personnages, pour proposer une enquête fouillée, convaincante et bien écrite.
Death of the Family
Death of the Family : Batman #13-17, Batgirl #13-16, Catwoman #13-14, Suicide Squad #14-15, Batman and Robin #15-16, Nightwing #15-16, Detective Comics #15-16, Red Hood and the Outlaws #15-16, Teen Titans #15-16
On continue notre petit tour des crossovers, avec ce qui aura été vendu comme LE blockbuster DC en 2013. Côté marketing, on ne pourra pas dire que l'éditeur n'a pas fait son travail. Pendant plus d'un an, l'univers Batman a été sevré de son bad guy le plus emblématique ; une allusion directe à un des épisodes les plus sombres de l'histoire du Caped Cruisader (Death in the Family) ; la quasi-totalité de la Bat Family mobilisée autour du retour du Joker pour un total de 23 numéros ! Rajoutons à ce tableau un Scott Snyder unanimement célébré pour l'ensemble de l'arc des hiboux (Batman 1-12 + Batman Annual 1), autant dire que les attentes étaient immenses.
Un mot sur les tie-in (18 numéros tout de même). Je n'ai pas tout lu, loin de là. Je me suis cantonné à Detective Comics, Catwoman et Batgirl. La présence de Catwoman est presque anecdotique, et surtout l'impact de Death of the Family sur cette série est quasi nul, alors que les deux numéros qui sont consacrés à la chatte étaient presque convaincants. Batgirl, c'est du classique. Gail Simone fait référence aux fameux arcs traumatisants pour Barbara, invite son frère dans la danse. C'est le minimum syndical, mais c'est honnêtement réalisé. La vraie claque vient du Detective Comics. John Layman a repris les rênes de la série depuis le #13 et a initié un arc autour du Pingouin sur fond de coup d'état dans l'organisation. Non seulement Layman a réussi à tisser son arc autour d'un sous-évènement dans Death of the Family, pour ensuite proposer un tie-in particulièrement bien écrit sur une bande de psychos fans du Joker, et sur les conséquences moins clinquantes mais tout aussi dramatiques de l'arrivée du Joker dans Gotham. Un sans faute !
Alors comment conclure sur Death of the Family ? Evidemment que c'est un bon crossover avec une atmosphère oppressante, sale, en somme digne du retour du Joker. Mais je ne peux m'empêcher de penser que d'avoir survendu l'event l'aura grandement desservi. Il aurait peut-être fallu faire monter doucement monter la pression sur plus de numéros, ne pas trop promettre au lecteur, ne pas livrer si vite autant de cartes sur un des personnages les plus intéressants de DC. Je suis donc curieux de voir comment Snyder compte rebondir, car en dépit de ses grandes qualités, Death of the Family sonne curieusement comme le premier faux pas du brillant scénariste.
Throne of Atlantis
Après une très longue absence sur ce blog, je me décide finalement à reprendre du clavier en profitant notamment d'une actualité on ne peut plus brûlante dans l'univers du comics. On ne s'intéressera pas ici au relaunch de Marvel (il y aurait pourtant à écrire), mais plutôt à un mois de février estampillé "Crossover" chez la Distinguée Concurrence. Il n'aura en effet guère échappé aux spécialistes que pas moins de cinq crossovers se sont ainsi achevés : Throne of Atlantis, Rise of the Third Army, Death of the Family, Rotworld et H'el on Earth. L'heure du bilan a sonné (et d'autre sites ont déjà donné le la en la matière), et à tout seigneur tout honneur, commençons par le crossover 100% Geoff Johns.
Throne of Atlantis : Aquaman #14-16, Justice League #15-17
Ce dernier point est important et rehausse encore les mérites scénaristiques de Geoff Johns. Non seulement Throne of Atlantis aura été préparé depuis très longtemps, non seulement il s'avère particulièrement agréable à la lecture, mais en plus il se permet le luxe d'offrir des perspectives alléchantes et conséquentes sur les deux séries mises à contribution (Aquaman et Justice League) tout en s'ouvrant sur une troisième série (Justice League of America). Devant tant de cohérence, on ne peut que tirer son chapeau devant le travail d'écriture.
Un dernier mot sur les dessins. Bon et bah c'est très beau. Ivan Reis est tout simplement LE dessinateur qu'il fallait pour la Justice League (bien plus inspiré que Jim Lee à mon avis), et Pelletier (remplaçant de Reis sur Aquaman depuis le #15) nous montre qu'il est loin d'être un manchot et que sa contribution sur Aquaman sera de grande qualité.
Quitte à me répéter, Throne of Atlantis est un très bon crossover qui marque indéniablement un tournant pour Aquaman et Justice League. Je suis d'ailleurs curieux de voir comment Urban Comics va adapter ces six numéros dans le kiosque (DC Saga HS 1 ?) et en librairie. Une dernière chose sur une vilaine rumeur qui a circulé sur le départ de Johns de la série Aquaman. En l'absence de confirmation officielle de la part de DC, j'espère que cela restera lettre morte, et que Johns nous offre in fine un run comparable à ses travaux sur Flash ou les Teen Titans (à défaut de Green Lantern).
jeudi 31 janvier 2013
D'un extrême l'autre, d'Hakan Günday
Les éditions Galaade ont résolument
fait le pari de la littérature turque dans leur catalogue. Pas n’importe
laquelle toutefois, puisque la plupart des monstres sacrés (Ahmet Hamdi
Tanpinar, Elif Safak, Orhan Pamuk ou encore Nedim Gürsel) sont édités par des
maisons plus ronflantes (Actes Sud, Gallimard ou le Seuil). Plus
courageusement, Galaade propose des textes de la génération des écrivains nés
dans les années 70, dont les représentants les plus emblématiques sont déjà
consacrés dans leur pays. Après le larmoyant et somme toute assez faiblard Les
averses d’Automne de Tuna Kiremitçi, après le chef d’œuvre instantané Tol
de Murat Uyurkulak (voir la critique sur notre site), Galaade nous offre en ce
début d’année 2013 D’un extrême l’autre du prometteur Hakan
Günday.
D’un extrême l’autre,
se présente au lecteur comme un diptyque. D’un côté Derdâ, jeune fille de
l’Est de la Turquie, vendu à l’âge de onze ans à un fanatique religieux
habitant Londres. De l’autre Derda, jeune garçon de la banlieue d’Istanbul, qui
perd sa mère et se retrouve à nettoyer les tombes dans un cimetière. Deux
outsiders de la société turque, deux héros improbables jetés sans ménagement
dans la gueule de la vie, mâchonnés, puis broyés et enfin recrachés dans un
final rédempteur. Les deux parties consacrées à chacun des personnages se
succèdent, et peu à peu, Günday lance ces premiers clins d’œil, tisse les liens
entre les deux récits, multipliant les rappels si bien que chaque personnage
secondaire est doté d’un rôle et d’une fonction propres selon qu’il entre
collusion avec la trajectoire de Derdâ ou de Derda. Un récit puzzle en quelque
sorte, structure en soi peu novatrice (on en a eu un exemple récent avec le
dernier Jennifer Egan), mais qui rappelle (un peu) ce qu’était le film de Fatih
Akin De l’Autre côté. Ce découpage particulier n’est pas sans
défaut, avec ses inévitables facilités scénaristiques où l’on se dit que
finalement, ce monde est bien petit, mais ici il démontre la virtuosité d’écriture
de Günday qui n’a aucun mal à faire jouer son petit univers et à amener son
couple homonyme à bon port.
Si D’un extrême l’autre
est un livre sympathique, voire enthousiasmant, que le lecteur ne s’attende pas
non plus à une lecture bouleversante, et à une découverte littéraire de premier
ordre. Une des faiblesses du texte, qui paradoxalement en devient une force,
est qu’il est clairement écrit sous influence. Du moins, on a l’impression d’avoir
lu de nombreux passages autre part, et si le plaisir de lecture reste le même,
l’originalité en pâtit. Par exemple, l’histoire de Derdâ s’ouvre sur une
description quasi ethnographique des pratiques sociales en cours à l’Est du
pays qui n’est pas sans évoquer Un village anatolien de Mahmut
Makal (lecture indispensable par ailleurs), puis à Londres le récit vrille sur
du burlesque de type Jonathan Coe ou Tom Sharpe avec un renversement des rôles
et des valeurs autour du SM (situation hilarantes garanties), pour ensuite s’enchaîner
sur une ambiance qui évoque Retour à Brooklyn lorsque la drogue s’invite
dans la narration (Günday cite d’ailleurs Requiem for a Dream).
Et impossible de ne pas se souvenir de John Irving et L’œuvre de Dieu,
la part du Diable sur la jeunesse orpheline de Derda voire John Fante
lorsque son héros découvre la littérature pour vivre une relation fusionnelle avec Oguz Atay. La thématique propre
du roman met ainsi du temps à poindre dans cette tornade référentielle, pour
mieux s’imposer d’elle-même. D’un extrême l’autre explose dans
son final comme une ode à la littérature et de sa puissance salvatrice, érigée
en religion d’un monde postmoderne peuplé de Derda et Derdâ, perdus, ballotés
et parfois sacrifiés.
Chères lectrices et chers lecteurs, il ne faut pas bouder son plaisir et qu'il est peu aisé de trouver livre à son oeil. Je ne peux in fine que vous recommander D'un extrême l'autre, roman particulièrement attachant, tour à tour drôle, émouvant, percutant et subtile dans les quelques réflexions que nous offre l'écrivain turc. Hakan Günday a compris que la littérature c’est aussi savoir
raconter une belle histoire, de celle qui vous donne la chair de poule lorsque
vous refermez le livre. Rien que pour cela et pour ses qualités réelles, ce roman vaut le détour dans cette
rentrée littéraire hivernale, qui pour l’instant, se révèle bien fade.
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