samedi 2 mars 2013

IL, de Derek Van Arman

Lorsque l'hiver s'attarde dans le Sud de la France et que de surcroît cette rentrée littéraire 2013 a bien du mal à vous emballer, deux solutions vous guettent : s'en remettre aux classiques ou bien s'enfiler un bon polar. Et pourquoi ne pas allier les deux grâce à Sonatine ? Alors certes, l'argument de vente du "Attention roman culte à l'auteur poursuivi par le FBI pour cause de roman trop réaliste" peut sembler un poil exagéré, mais ce n'est pas une raison de ne pas s'intéresser à Il, de Derek Van Arman, publié en 1992 aux Etats-Unis et jusqu'ici inédit en France.

Il se situe dans la tradition des romans policiers sur les tueurs en série. Derek Van Arman lui décide de faire les choses en grand en mettant en scène plusieurs tueurs en série en activité dans le même roman. C'est d'ailleurs une série de meurtres/disparitions dans l'Est des USA qui déclenchent les différentes enquêtes menées par Jack Scott, profiler en chef d'une cellule fédérale spécialement chargé des tueurs en série. Et là où Derek Van Arman va décidément plus loin, c'est qu'il ne se borne pas à guider le lecteur au prisme des seuls enquêteurs, mais nous offre aussi le point de vue des T-Recs (les tueurs récréatifs) en chasse de leurs victimes. L'écrivain brouille ainsi les statuts de ces personnages, les traqueurs devenant tour à tour les traqués. Difficile toutefois de vous offrir un résumé digne de ce nom car Il reste un roman particulièrement dense (plus de 760 pages) et que l'écrivain a manifestement décidé de soigner son intrigue et ses personnages, en brassant plus de 150 ans d'histoire autour d'une bourgade anodine. 

A propos de ces derniers, l'écrivain joue la carte de la sécurité notamment pour les policiers avec lesquels il compose un duo relativement classique du roman policier. D'un côté le fameux Jack Scott, vieil expert des tueurs en série, cultivé, ayant la sagesse de son âge. De l'autre Franck Rivers, policier d'état impulsif, grande gueule, réfractaire à toute autorité, mais tout aussi intelligent. Le maître et son improbable disciple, mais qui nouent au fil de l'enquête une relation où s'entremêlent affection, respect et amitié. Un type de duo relativement éprouvé, mais diablement efficace, notamment sous la plume de Van Arman très à l'aise avec son couple auquel le lecteur s'attache rapidement. Là ou il prend plus de risque c'est avec ses personnages de tueurs, en dépeignant leurs interactions spéciales, leur froide appréhension de leur environnement, tout en ne cédant pas à l'erreur de la "déshumanisation" à outrance.

L'univers d'Il est de fait un monde sombre, inquiétant, peuplé d'êtres dangereux aux connections troubles. Un univers d'autant plus oppressant qu'il côtoie sans prévenir celui des gens ordinaires et que le basculement de l'un à l'autre se fait sans transition, entraînant sans prévenir les innocents en enfer. Pas besoin de faire dans la surenchère de scènes gores, car Van Arman ne cède que très peu à l'artifice de l'hémoglobine, pour privilégier l'étude détachée des désaxés et de leurs psychologies anormales. Il faut aussi avouer Sonatine ne nous aura pas survendu son roman, car effectivement Il se pose comme une enquête particulièrement immersive du fait de la précision des techniques d'investigation et de ses descriptions soignées.

Vous l'aurez aisément deviné, Il est un très bon roman policier, qui satisfera sans aucun doute les amateurs du genre. Il fait même plus que remplir tranquillement son cahier des charges en prenant son temps et en s'intéressant en détail à chacun de ses personnages, pour proposer une enquête fouillée, convaincante et bien écrite.

Death of the Family

Death of the Family : Batman #13-17, Batgirl #13-16, Catwoman #13-14, Suicide Squad #14-15, Batman and Robin #15-16, Nightwing #15-16, Detective Comics #15-16, Red Hood and the Outlaws #15-16, Teen Titans #15-16

On continue notre petit tour des crossovers, avec ce qui aura été vendu comme LE blockbuster DC en 2013. Côté marketing, on ne pourra pas dire que l'éditeur n'a pas fait son travail. Pendant plus d'un an, l'univers Batman a été sevré de son bad guy le plus emblématique ; une allusion directe à un des épisodes les plus sombres de l'histoire du Caped Cruisader (Death in the Family) ; la quasi-totalité de la Bat Family mobilisée autour du retour du Joker pour un total de 23 numéros ! Rajoutons à ce tableau un Scott Snyder unanimement célébré pour l'ensemble de l'arc des hiboux (Batman 1-12 + Batman Annual 1), autant dire que les attentes étaient immenses. 

Je resterai relativement succin sur l'intrigue qui tient finalement en très peu de numéros (cinq). Le Joker revient à Gotham avec une idée fixe : Batman se ramollit, comme en atteste ses difficultés éprouvées face aux hiboux et leurs ergots. Le bouc-émissaire est tout de suite trouvé : c'est la Bat Family. Bien décidé à retrouver la ténacité et la noirceur de son meilleur ennemi, le Joker décide d'une opération radicale : une ablation générale en bonne et due forme (d'où le Death of the Family).Voilà pour un pitch très alléchant sur le papier, mais le contrat est-il rempli pour autant ? Oui et non. Oui car il est indéniable que Scott Snyder est doué et maîtrise l'univers du Chevalier Noir. Plusieurs idées sont ainsi exceptionnelles : le "masque" du Joker, la relation Batman/Joker autour du code dont le héros s'est doté, la scénographie d'Arkham et la mobilisation d'une bonne partie de la galerie des méchants (à ce titre les back-up stories sont particulièrement intéressantes et bien pensées). Du côté du dessin, Greg Capullo est toujours au sommet de son art, et son trait particulier sert réellement ce nouveau Joker et l'ensemble crasseux et dérangeant qui se dégage de Death of the Family.

En revanche, impossible de ne pas tilter sur certains éléments. Que dans le combat final, on envisage une origine familiale ou sociale au Joker ne m'emballe pas. Le Joker a toujours fonctionné comme un avatar ultime du chaos, symbole par excellence de la menace qui pèse sur Gotham et que Batman doit solutionner. L'humaniser c'est incontestablement l'affaiblir, du moins lui enlever toute la force évocatrice d'une vague de violence inexplicable et inexpliquée qui éclabousse l'ensemble d'une ville sans calcul, sans discrimination et sans but. Que Scott Snyder s'en serve pour déstabiliser le Joker est donc doublement problématique. Plus généralement, à la fin de la lecture du Batman #17, impossible de ne pas avoir eu l'impression d'un bon gros pétard mouillé. Cela semble sévère, mais du fait de la contrainte même du crossover mainstream sur une des séries les plus lues de DC, il était évident que Snyder ne pouvait pas aller très loin et si tôt dans la continuité des New 52. Inutile dès lors de dépeindre ou présenter un Joker plus fou que jamais s'il ne fait pas plus qu'à son habitude. Death of the Family est un cas d'école de ce décalage trop criant entre la présentation de l'event et ses conséquences réelles sur l'ensemble des protagonistes.

Un mot sur les tie-in (18 numéros tout de même). Je n'ai pas tout lu, loin de là. Je me suis cantonné à Detective Comics, Catwoman et Batgirl. La présence de Catwoman est presque anecdotique, et surtout l'impact de Death of the Family sur cette série est quasi nul, alors que les deux numéros qui sont consacrés à la chatte étaient presque convaincants. Batgirl, c'est du classique. Gail Simone fait référence aux fameux arcs traumatisants pour Barbara, invite son frère dans la danse. C'est le minimum syndical, mais c'est honnêtement réalisé. La vraie claque vient du Detective Comics. John Layman a repris les rênes de la série depuis le #13 et a initié un arc autour du Pingouin sur fond de coup d'état dans l'organisation. Non seulement Layman a réussi à tisser son arc autour d'un sous-évènement dans Death of the Family, pour ensuite proposer un tie-in particulièrement bien écrit sur une bande de psychos fans du Joker, et sur les conséquences moins clinquantes mais tout aussi dramatiques de l'arrivée du Joker dans Gotham. Un sans faute ! 

Alors comment conclure sur Death of the Family ? Evidemment que c'est un bon crossover avec une atmosphère oppressante, sale, en somme digne du retour du Joker. Mais je ne peux m'empêcher de penser que d'avoir survendu l'event l'aura grandement desservi. Il aurait peut-être fallu faire monter doucement monter la pression sur plus de numéros, ne pas trop promettre au lecteur, ne pas livrer si vite autant de cartes sur un des personnages les plus intéressants de DC. Je suis donc curieux de voir comment Snyder compte rebondir, car en dépit de ses grandes qualités, Death of the Family sonne curieusement comme le premier faux pas du brillant scénariste.



Throne of Atlantis

Après une très longue absence sur ce blog, je me décide finalement à reprendre du clavier en profitant notamment d'une actualité on ne peut plus brûlante dans l'univers du comics. On ne s'intéressera pas ici au relaunch de Marvel (il y aurait pourtant à écrire), mais plutôt à un mois de février estampillé "Crossover" chez la Distinguée Concurrence. Il n'aura en effet guère échappé aux spécialistes que pas moins de cinq crossovers se sont ainsi achevés : Throne of Atlantis, Rise of the Third Army, Death of the Family, Rotworld et H'el on Earth. L'heure du bilan a sonné (et d'autre sites ont déjà donné le la en la matière), et à tout seigneur tout honneur, commençons par le crossover 100% Geoff Johns. 


Throne of Atlantis : Aquaman #14-16, Justice League #15-17

Le crossover avait initialement de quoi surprendre (Justice League et Aquaman dans un même crossover !!) mais ce rapprochement fait finalement sens. Un sens qu'il ne faut pas trop chercher du côté de la Justice League, une série dont on a du mal à discerner la direction empruntée jusqu'ici par son scénariste, et qui, paradoxalement, emballe plus par sa back-up story (SHAZAM !) que par son casting XXL. A contrario, force est de constater que Throne of Atlantis parachève tout le travail de Geoff Johns sur Aquaman (the Trench, Black Manta, le sceptre d'Atlantis, la quête identitaire d'Arthur) et conclut de belle manière un effort de réhabilitation d'un personnage auparavant décrié. Certes Brightest Day est déjà un exemple d'une utilisation brillante d'Arthur et Mera dans un event, mais Aquaman est ici au centre du crossover, un modus operandi habituel chez Johns pour pérenniser l'aura de ses personnages dans le paysage DC (Blackest Night/Brightest Day pour Green Lantern, Flashpoint pour Flash).

Comme écrit plus haut, on retrouve dans le crossover tous les éléments subtilement amenés dans les numéros précédents d'Aquaman. Un mystérieux personnage doté du sceptre royal libère une armée venus des profondeurs, tandis qu'Atlantis est bombardée par des missiles humains. La réaction des Atlantes ne se fait guère attendre et la côté Est des Etats-Unis est ravagée par l'ost marin mené par Orm, roi d'Atlantis et frère d'Arthur. Face à ce déchaînement de violence, la Justice League ne reste pas inactive, et la contre-attaque ne s'annonce pas moins violente. Nous sommes bien en présence d'un blockbuster comme on en attend : ça fight sévère sur cinq numéros, on a notre lot de renversements de situations et bien sûr une bonne vieille trahison pour donner un côté tragédie grecque à l'ensemble. Geoff Johns est un vieux routier des crossovers, et autant dire qu'il reste toujours aussi efficace tant le rythme est rondement mené, avec un savant équilibre d'action/dialogues, avec une conclusion qui laisse cet arrière-goût dans la bouche de ces guerres inutiles qui ont laissé des traces chez nos protagonistes. 

Ce dernier point est important et rehausse encore les mérites scénaristiques de Geoff Johns. Non seulement Throne of Atlantis aura été préparé depuis très longtemps, non seulement il s'avère particulièrement agréable à la lecture, mais en plus il se permet le luxe d'offrir des perspectives alléchantes et conséquentes sur les deux séries mises à contribution (Aquaman et Justice League) tout en s'ouvrant sur une troisième série (Justice League of America). Devant tant de cohérence, on ne peut que tirer son chapeau devant le travail d'écriture. 

Un dernier mot sur les dessins. Bon et bah c'est très beau. Ivan Reis est tout simplement LE dessinateur qu'il fallait pour la Justice League (bien plus inspiré que Jim Lee à mon avis), et Pelletier (remplaçant de Reis sur Aquaman depuis le #15) nous montre qu'il est loin d'être un manchot et que sa contribution sur Aquaman sera de grande qualité. 

Quitte à me répéter, Throne of Atlantis est un très bon crossover qui marque indéniablement un tournant pour Aquaman et Justice League. Je suis d'ailleurs curieux de voir comment Urban Comics va adapter ces six numéros dans le kiosque (DC Saga HS 1 ?) et en librairie. Une dernière chose sur une vilaine rumeur qui a circulé sur le départ de Johns de la série Aquaman. En l'absence de confirmation officielle de la part de DC, j'espère que cela restera lettre morte, et que Johns nous offre in fine un run comparable à ses travaux sur Flash ou les Teen Titans (à défaut de Green Lantern).

jeudi 31 janvier 2013

D'un extrême l'autre, d'Hakan Günday

Les éditions Galaade ont résolument fait le pari de la littérature turque dans leur catalogue. Pas n’importe laquelle toutefois, puisque la plupart des monstres sacrés (Ahmet Hamdi Tanpinar, Elif Safak, Orhan Pamuk ou encore Nedim Gürsel) sont édités par des maisons plus ronflantes (Actes Sud, Gallimard ou le Seuil). Plus courageusement, Galaade propose des textes de la génération des écrivains nés dans les années 70, dont les représentants les plus emblématiques sont déjà consacrés dans leur pays. Après le larmoyant et somme toute assez faiblard Les averses d’Automne de Tuna Kiremitçi, après le chef d’œuvre instantané Tol de Murat Uyurkulak (voir la critique sur notre site), Galaade nous offre en ce début d’année 2013 D’un extrême l’autre du prometteur Hakan Günday. 

D’un extrême l’autre, se présente au lecteur comme un diptyque. D’un côté Derdâ, jeune fille de l’Est de la Turquie, vendu à l’âge de onze ans à un fanatique religieux habitant Londres. De l’autre Derda, jeune garçon de la banlieue d’Istanbul, qui perd sa mère et se retrouve à nettoyer les tombes dans un cimetière. Deux outsiders de la société turque, deux héros improbables jetés sans ménagement dans la gueule de la vie, mâchonnés, puis broyés et enfin recrachés dans un final rédempteur. Les deux parties consacrées à chacun des personnages se succèdent, et peu à peu, Günday lance ces premiers clins d’œil, tisse les liens entre les deux récits, multipliant les rappels si bien que chaque personnage secondaire est doté d’un rôle et d’une fonction propres selon qu’il entre collusion avec la trajectoire de Derdâ ou de Derda. Un récit puzzle en quelque sorte, structure en soi peu novatrice (on en a eu un exemple récent avec le dernier Jennifer Egan), mais qui rappelle (un peu) ce qu’était le film de Fatih Akin De l’Autre côté. Ce découpage particulier n’est pas sans défaut, avec ses inévitables facilités scénaristiques où l’on se dit que finalement, ce monde est bien petit, mais ici il démontre la virtuosité d’écriture de Günday qui n’a aucun mal à faire jouer son petit univers et à amener son couple homonyme à bon port. 

Si D’un extrême l’autre est un livre sympathique, voire enthousiasmant, que le lecteur ne s’attende pas non plus à une lecture bouleversante, et à une découverte littéraire de premier ordre. Une des faiblesses du texte, qui paradoxalement en devient une force, est qu’il est clairement écrit sous influence. Du moins, on a l’impression d’avoir lu de nombreux passages autre part, et si le plaisir de lecture reste le même, l’originalité en pâtit. Par exemple, l’histoire de Derdâ s’ouvre sur une description quasi ethnographique des pratiques sociales en cours à l’Est du pays qui n’est pas sans évoquer Un village anatolien de Mahmut Makal (lecture indispensable par ailleurs), puis à Londres le récit vrille sur du burlesque de type Jonathan Coe ou Tom Sharpe avec un renversement des rôles et des valeurs autour du SM (situation hilarantes garanties), pour ensuite s’enchaîner sur une ambiance qui évoque Retour à Brooklyn lorsque la drogue s’invite dans la narration (Günday cite d’ailleurs Requiem for a Dream). Et impossible de ne pas se souvenir de John Irving et L’œuvre de Dieu, la part du Diable sur la jeunesse orpheline de Derda voire John Fante lorsque son héros découvre la littérature pour vivre une relation  fusionnelle avec Oguz Atay. La thématique propre du roman met ainsi du temps à poindre dans cette tornade référentielle, pour mieux s’imposer d’elle-même. D’un extrême l’autre explose dans son final comme une ode à la littérature et de sa puissance salvatrice, érigée en religion d’un monde postmoderne peuplé de Derda et Derdâ, perdus, ballotés et parfois sacrifiés. 

Chères lectrices et chers lecteurs, il ne faut pas bouder son plaisir et qu'il est peu aisé de trouver livre à son oeil. Je ne peux in fine que vous recommander D'un extrême l'autre, roman particulièrement attachant, tour à tour drôle, émouvant, percutant et subtile dans les quelques réflexions que nous offre l'écrivain turc. Hakan Günday a compris que la littérature c’est aussi savoir raconter une belle histoire, de celle qui vous donne la chair de poule lorsque vous refermez le livre. Rien que pour cela et pour ses qualités réelles, ce roman vaut le détour dans cette rentrée littéraire hivernale, qui pour l’instant, se révèle bien fade.

lundi 8 octobre 2012

Retour sur la Braderie de Cassis

La Braderie de Cassis, ça y est, c'est fini. Organisée les samedi 6 et dimanche 7 octobre, c'est l'ensemble des commerçants cassidens qui investissaient le pavé pour proposer leur came à prix plus ou moins raisonnable. Le problème avec certains magasins à Cassis, c'est que même bradée, la fripe reste hors de prix, mais c'est ça c'est une autre histoire. Bon, ouf, c'est enfin terminé, et on aura plus à souffrir l'horrible play-list du malheureux DJ engagé par la mairie, et qui nous aura cassé les oreilles pendant tout le week-end. L'avantage de la musique d'ascenseur c'est qu'il y a une certaine continuité thématique. Là non, on passait du funk à de la variété française pour enchaîner sur du hip-hop et revenir au funk. Et tout ça en quatre morceaux... 

Mais je m'égare encore. Même si une librairie, d'autant plus à Cassis, ne pourra jamais rivaliser avec les fringues, on s'est dit tant pis, on colle quand au thème général du week-end, et nous aussi on va solder du lourd. Donc notre équipe s'est transformée en une sorte de créature hybride, mi-libraire, mi-épicier, parce que oui chez Préambule, la littérature se brade au poids et se vend au kilo. 

Voici quelques photos de l'événement en question. 

Merci à tous celles et ceux qui sont passés nous voir. 

à très bientôt





lundi 17 septembre 2012

Rencontre avec Serge Koster

La Librairie Préambule a le plaisir de recevoir l'écrivain Serge  Koster mercredi 19 septembre à partir de 11 h. Bien connu des fidèles du Printemps du livre pour ses animations savoureuses, Serge Koster est aussi l’auteur de nombreux ouvrages (essais et romans), dont le dernier, "Je ne mourrai pas tout entier" (Éditions Léo Scheer - 2012) s'apparente à une sorte de livre testament, des fragments, des méditations, des souvenirs... la vie d'un homme de lettres.

Une citation :
"D'où me vient le goût d'écrire ? De l'enfance. De l'insuffisance du sentiment d'exister. De la pénurie de caresses. Mais encore, d'où vous vient le goût d'écrire ? Du désir de naître, de se faire connaître, reconnaître, renaître, être né. Et de ne pas mourir tout entier."

Une critique de Jérome Garcin :
Grâce à Léautaud, il s'est révélé sur le tard. La preuve avec ce nouveau recueil de souvenirs où Serge Koster, 72 ans, continue d'écrire sous le manteau élimé du vieux diariste de Fontenay-aux-Roses. Qu'importe à ce juif d'origine polonaise que Léautaud eût été judéophobe: sa dette à son égard est plus forte que les reproches dont il pourrait l'accabler. Sans l'auteur atrabilaire du «Journal littéraire», jamais l'austère Koster n'aurait osé se mettre à nu, se préférer, se mal aimer, avouer sa vanité, abandonner la fiction pour l'égotisme, faire la liste de toutes ses maladies (dont une fistule anale), exprimer son amertume d'être méconnu, peu lu et très pilonné, reconnaître avoir écrit quelques livres «inconsistants», 
vitupérer le milieu littéraire qui l'a souvent négligé, ou donner les noms de ceux avec qui, pour des vétilles et le goût de se fâcher, il s'est brouillé.
Mais la gratitude dont ce livre est plein va bien au-delà de Léautaud. Ici, Koster glorifie la femme de sa vie, la France qui a accueilli ses parents en fuite, les paysans sarthois qui l'ont caché pendant la guerre, son père spirituel Francis Ponge, Claude Lanzmann - «L'avoir connu est un cadeau du destin» -, ou encore Michel Tournier, avec lequel il s'est réconcilié en buvant un monaco. Impossible de ne pas être ému par ce récit d'un écorché vif calmé par la grammaire, d'un fils d'apatrides dont la littérature a été la seule patrie.

Un  témoignage de David Foenkinos :
Je n'avais jamais lu ses romans, ses essais, ses articles. Je l'ai rencontré il y a peu au Printemps du livre de Cassis, puisqu'il anime une fois par an, et depuis 25 ans, les débats de cette manifestation culturelle. « Mon ultime activité publique » dit-il dans son livre. Avec Antoine Spire, ils forment un duo étonnant. Avec l'auteur entre eux, ça prend vite fait la forme d'un hot-dog. On ne sait plus très bien s'il faut tourner la tête à gauche ou à droite. Mais bon, depuis le temps, ils maîtrisent le voyage.  
Serge Koster m'a touché. C'est difficile de savoir pourquoi quelqu'un vous touche finalement. C'est un ensemble de choses assez intimes et qui ne s'écrivent pas. Je l'ai vu assez peu. Quelques bribes de conversation. Il a parlé d'un voyage à New York avec sa femme ; avec un petit sourire mignon, il a dit : « on voyage peu, mais là on s'est fait plaisir ». Ne serait-ce que pour ça, j'ai eu envie de lire son livre. ça commence par l'évocation de ses funérailles. On pourrait imaginer une entrée en matière plus joyeuse, et pourtant, tout à son image, elle est légère et désinvolte comme les musiques choisies. Pour sa mort, il veut du jazz. Rien d'étonnant, il écrit comme les artistes de chez Blue Note. J'ai fait des études de Jazz, alors je me reconnais d'entrée des goûts communs avec cet homme. Ce n'est que le début, tout le livre fut pour moi une succession d'étrangetés et de correspondances. On dit parfois quand on a aimé un livre : « ah j'aurais aimé l'écrire ». Moi, son livre, je crois que j'aurais aimé l'écrire dans quarante ans. Il est l'avenir de ma vie littéraire. Je l'ai déjà lu deux fois. Il m'a fasciné par sa beauté, son élégance, sa pudeur. Page 26, il écrit : « Peut-être suis-je en train d'écrire, encore une fois, un texte sacrifié, sans destin qu'une minorité de lecteurs ». Il n'a pas eu tort. Je n'ai pas l'impression que beaucoup ont parlé de ce texte. Je ne sais pas vous, mais moi ça me touche profondément cette façon d'évoquer un texte sacrifié, alors chaque ligne bat de la densité la plus totale d'un homme. Ce que j'aime, c'est l'absence absolue d'aigreur, d'apitoiement, comme une beauté à la désinvolture que les années nous ont obligés à endosser.  
Le livre fourmille d'anecdotes sur Michel Tournier, Francis Ponge, ou encore Bernard Giraudeau. Les soirées avec Françoise Verny valent aussi le détour. On y lit les belles rencontres, les espoirs d'une grande vie littéraire, les déceptions aussi, les ambitions avortées. C'est le roman de la vie littéraire. Avec, toujours cette question : que reste-t-il ? Sûrement, les pages les plus émouvantes sont sur les vieillards croisés au cours de son existence. Les fins de vie de Jean Dessailly, Claude Roy ou encore Jean Dutourd (tiens encore un point commun, j'avais raconté dans ce blog ma rencontre avec Dutourd...). C'est une question à laquelle je ne cesse de penser. J'ai eu parfois l'impression en lisant ce livre que Serge Koster m'aidait à formuler la confusion de certains de mes sentiments.   Et puis au cœur de son livre, il y a d'une manière incessante, le refrain inépuisable : « la femme de ma vie ». Beaucoup de beauté à ne cesser de mentionner l'acolyte de cette traversée. Je me suis toujours amusé de cette expression : « la femme de ma vie » qu'on prononce lors d'une belle rencontre. Mais là, après cinquante ans passés ensemble, on peut vraiment dire qu'il s'agit de la femme de sa vie. Le soir, ils aiment lire et échanger leurs impression : « Souvent je m'interromps, m'allonge, ferme les yeux, étends le bras vers son flanc, demeure immobile, savourant derechef le sentiment de l'existence à l'état pur, dans le calme murmure du cosmos, en harmonie avec l'univers, tout à son plan, qui est de nous réunir pour l'entièreté du temps où nous serons. A cet instant, la certitude de notre inscription dans le non-être me laisse incrédule. »

Voilà, alors nous vous attendons nombreux mercredi, pour découvrir son livre.
Amicalement votre
Préambule


Signature mercredi 19 septembre 2012, de 11 h à 13 h, à la librairie Préambule, 8  rue Pierre Eydin - Cassis.
Rens. : 04 42 01 30 83

vendredi 7 septembre 2012

L'Effrayable, d'Andreas Becker

Bonjour à toutes et à tous,

en guise de billet, je vous propose de faire écho à notre dernier coup de coeur (à voir ici ), l'Effrayable d'Andreas Becker. Je le mentionne dans la chronique, mais les éditions La Différence ont réalisé une bande-annonce, diffusée dans le réseau cinématographique MK2. Une manière nouvelle de présenter un livre, et si elle ne remplace pas un bon résumé ou un entretien plus classique avec l'auteur, a au moins le mérite de vous faire plonger dans l'univers du roman. La fidélité avec la teneur, la profondeur et la puissance du texte étant parfaitement retranscrite visuellement, vous pouvez donc vous faire une idée de ce qui vous attend dans l'Effrayable.

Et, je le répète, lisez ce livre, conseillez-le, c'est un grand roman, la plus grosse claque de la rentrée.

à bientôt !