dimanche 5 mai 2013
New 52 : Bilan d'avril (3)
Bonus New 52 : Batman, art by Alex Maleev
Dans mon dernier billet consacré au #19 (ou 900) de Detective Comics, je vous louais la superbe double-page d'Alex Maleev. J'ai tellement été accroché par le dessin que je me suis mis immédiatement en quête d'une version numérique pour en faire mon fond d'écran. Malheureusement, ma recherche s'avéra infructueuse, à l'exception d'une version en noir et blanc et guère satisfaisante. Mais grâce à twitter et à la gentillesse de l'artiste himself, je peux vous proposer cette fameuse planche.
Un grand merci à Alex Maleev pour le lien. Enjoy !!
samedi 4 mai 2013
New 52 (Avril 2013) : Detective Comics #19
Detective Comics #19 : What is the 900 ?
J'aurais pu ou du chroniquer ce numéro de Detective Comics en compagnie des autres titres de la Bat-Family. Mais le #19 de Detective Comics est un cap, que dis-je une péninsule, un mastodonte de 80 pages qui dénote parmi ses congénères d'une vingtaine de pages (plus les pubs). Mais que cache ce numéro XXL ? C'est un hommage à peine déguisé au titre historique qui a vu la naissance de Batman. Oui, les New 52 sont un relaunch/reboot, mais ce n'est pas pour autant que l'on doit oublier ce qui a été fait avant. Derrière le mystérieux titre "What is the 900 ?" se cache une des plus grandes énigmes mathématiques depuis le dernier théorème de Fermat. Tentons une soustraction farfelue : 900-19 (dont #0). Cela nous donne 881, soit le nombre exact d'issues de la première série Detective Comics. Donc 881 (v1) + 19 (v2) = joyeux anniversaire ! Bref, l'honneur revient à John Layman de nous orchestrer ce maxi #19 aka #900
The 900 : John Layman/Jason Fabok
Ce n'est pas parce que l'on doit fêter l'anniversaire de quelqu'un, aussi prestigieux soit-il, que l'on doit oublier les affaires courantes. C'est un peu la philosophie adoptée par Layman dans cette première partie. Et oui, il y a des bad guys en liberté dans la ville, et pas des moindres. Emperor Pinguin est toujours aussi retors et malin (en voilà qui a soigneusement préparé son ascension), et Zsasz toujours aussi fou. Mais quel est le rapport avec le #900 ? Et bien le premier se sert du second pour lancer une pandémie de man-bat dans tout Gotham. Assez vicieux comme plan, d'autant que c'est un Batman esseulé, sans sa famille (conséquence du précédent event de Scott Snyder) qui doit résoudre ce merdier. A titre personnel, je ne pense pas que ce soit la meilleure chose qu'ait pu écrire Layman. Les ressorts me semblent plutôt classiques, et je regrette que l'écrivain ait pu expédier aussi rapidement Zsasz et surtout le docteur Langstrom sitôt introduit. Cela dit l'épisode séduit par sa cohérence, car tout est rattaché à la big picture de Detective Comics et le problème que va poser Emperor Pinguin. Numéro après numéro Ogilvy gagne en envergure, et devient une némésis assez crédible. Niveau dessin, on est jamais déçu avec le niveau actuel de Fabok. C'est très beau et très efficace. Quelques effets de découpage sont également bien venus notamment cette page où Batman écrase la tronche de Zsasz avec un jeu sur les cases pour créer un effet de mouvement particulièrement bien trouvé.
Man-Bat Birth of a Family : John Layman/Andy Clarke
J'accorde la mention très bien à ce titre, parfait négatif du récent Death of The Family. Une espièglerie, un clin d'oeil, une saillie drolatique très appréciable qui montre que l'on ne se prend pas toujours (trop) au sérieux chez DC. Donc merci John Layman pour le grand sourire que cela m'a procuré. Par contre je vais être assez succin sur cet épisode ma foi assez classique. Conséquence directe du final de The 900, John Layman décide donc de dresser le background du couple Langstrom, la création du man-bat, tout en livrant l'épilogue de l'invasion des chauve-souris hostiles pour les deux scientifiques. Layman ne prend vraiment pas de risque, mais la conclusion fonctionne bien, et je crois qu'il ne faut pas aller chercher plus loin que cette impression positive. Andy Clarke s'en sort plutôt bien pour les dessins, avec un trait qui rappelle un peu ce que peut faire Ethan Van Sciver.
Interlude graphique : sublime double-page d'Alex Maleev. Il doit être assez compliqué aujourd'hui pour les dessinateurs de retravailler l'iconique dans Batman. Et bien mesdames et messieurs, Alex Maleev réinterprète à merveille le thème de Batman et son projecteur. Cela peut sembler banal à première vu, mais entre le contraste de la cape sombre et de la lumière, et l'arrière-plan urbain, le dessinateur a réussi à capter l'essence des liens qui unissent le justicier à sa ville. Dommage que DC n'en fasse pas un poster...
Bane in War Council : James Tynion IV/Mikel Janin
Ben alors James, c'est un peu ton mois, cet avril 2013. Deux séries régulières, la back-up de Batman, une participation dans le spécial Detective Comics, ça va pépère ! On n'attend pas, mais alors pas du tout ces pages dédiées à Bane. C'est complètement hors sujet avec le contenu récent de Detective Comics. Pour apprécier ces pages, il faut suivre Talon, car ce War Council est une sorte de prélude au #7 (c'est pas moi qui l'écris, mais l'éditeur de DC, donc...). C'est peut-être hors sujet, mais ce sont des pages qui sont pour moi très importantes en tant que travail salutaire pour remettre un peu de cohérence dans la caractérisation bordélique de Bane dans les New 52. Remis en piste dans le Batman The Dark Knight de David Finch et complètement oublié jusqu'au dernier Talon, James Tynion IV fait le lien avec la Cour des Hiboux et l'aftermath de Night of the Owls. Je ne dis pas que c'est génial, mais l'effort de restructuration est vraiment appréciable vu le nombre d'intrigues et de personnages laissés sur le carreau suite aux changements d'équipes scénaristiques (franchement il y a un article à faire sur ces victimes éditoriales). En outre, le personnage gagne en envergure et on retrouve (un peu) le Bane de Knightfall (mais vraiment un peu). Au niveau du dessin, j'aime beaucoup ce que fait Janin sur la JLD. Mais il faut croire que la colorisation est aussi très importante, car j'ai presque trouvé son apport quelconque sur l'épisode, à part sa vision de Bane et une scène de décapitation assez jouissive.
Mr Combustible in Birdwatching : John Layman/Henrik Jonsson
Ces pages sont presque anecdotiques. L'occasion pour moi de découvrir le fameux Mr Combustible, assez ridicule soit dit en passant. Mais l'ami Layman est expert ès cohérence, et plante son épisode en plein The 900 et sa pandémie de man-bat. En fait, ces quelques pages sont surtout importantes pour le dialogue entre le gaz parlant et le "vrai" Pinguin enfermé à Blackgate. Donc Layman n'a pas oublié son personnage et entre-ouvre déjà les portes d'un come-back.
Gotham's Finest in Through a Blue Lens : John Layman/Jason Masters
Alors là c'est encore plus anecdotique. Layman continue avec les répercutions de The 900, et s'attarde sur un policier blessé par Batman alors qu'il se transformait en man-bat (oui, je sais, il faut suivre). Bref, c'est le passage obligé où l'on ressort le débat sur la légitimité de la démarche du Chevalier Noir et plus globalement du vigilantisme. D'un côté les policiers qui trouvent que c'est un criminel, de l'autre ceux qui pensent que c'est un formidable auxiliaire voire un ange-gardien. Layman nous la joue Gotham Central, c'est pas mal mais ça ne brille pas par son originalité. Le seul mérite est symbolique, à savoir conclure un #900 sur du trivial, de l'ordinaire, en somme ce à quoi nous, pauvres lecteurs mortels, pouvons nous identifier. En quelque sorte, Batman s'apprécie comme ce cadeau universel, offert à toutes et à tous. A nous d'allumer notre propre projecteur et de nous inspirer de ce qu'il incarne (waouou, ça va un peu loin là... je ne demande à personne de mettre des collants ou du spandex, hein !)
New 52 : Bilan d'Avril (2)
Univers Batman
Talon #7 : Scott Snyder/James Tynion IV/Guillem March
Batman The Dark Knight #19 : Gregg Hurwitz/Szymon Kudranski
Nous sommes toujours en plein arc sur le Mad Hatter. Contrairement aux précédents numéros, Gregg Hurwitz a décidé de lever le pied. Ce #19 est en comparaison beaucoup plus calme et se lit comme une sorte de respiration avant la grande explication. Attention, il ne faut pas comprendre qu'il ne s'y passe rien. Bien au contraire, Hurwitz continue de jongler entre le passé du Chapelier et l'avancée de son plan dans le présent, les deux parties étant bien évidemment liées. Je dirais même que toutes les pièces commencent à s'assembler et l'on devine quelle sera la teneur des prochains numéros. Je pourrais d'ailleurs critiquer l'écrivain qui se révèle un poil trop démonstratif ou trop dirigiste dans le dévoilement de ses plans. Pas de twist ou autre développement inattendu au programme, l'histoire avance tranquillement dans des clous un brin trop voyants. Je loue régulièrement le travail d'Ethan Van Sciver (qui signe tout de même la couverture de ce #19). Je dois dire que j'ai été bluffé par son remplaçant Szymon Kudranski. Il y a une rupture d'ambiance dans la série. Le trait de Kudranski me rappelle ainsi furieusement ce qu'avait pu faire David Mack sur Daredevil. La colorisation de Hi-Fi joue aussi un rôle important, et rappelle là aussi le jeu de couleurs adoptés sur les dessins de Maleev dans le même Daredevil. On sort du graphisme classique et blockbuster de Van Sciver, on gagne en onirisme mais également en noirceur. Les dernières pages (en particulier la double-page qui conclut le numéro) sont sublimes et valent vraiment le détour.
Batman #19 : Scott Snyder/Greg Capullo/Danny Miki
1) Une scène choc avec une utilisation hyper étonnante d'un personnage (un gentil qui est méchant, ou un méchant qui est gentil par exemple).
2) Le fameux "6 jours auparavant" (déclinable en "24 heures avant" "15 minutes plus tôt", etc...
3) Remonter la liste des faits pour que le 1) ne soit plus "hyper étonnant"
ça suffit !!!
Pour les dessins, c'est le retour de Greg Capullo, et comme toujours avec lui c'est très beau, dynamique, du Batman comme on en redemande tous les mois.
Back-up story : James Tynion IV/Alex Maleev
On retrouve l'écrivain de Talon sur cette back up qui anticiperait presque le futur titre Superman/Batman de Greg Pak. Nous avons donc un petit exercice de team-up avec les deux icônes de DC. C'est très sympathique et Tynion IV insistant sur les différentes approches qu'ont les deux héros face à un même danger, qui est ici de nature magique. Le tout est illustré à merveille par Alex Maleev dont le trait suggère autant qu'il dévoile, mais décrit parfaitement l'ambiance poisseuse et sombre qui se dégage de ces quelques pages. Suite et fin au prochain numéro.
vendredi 3 mai 2013
New 52 : Bilan d'Avril (1)
Oyez, oyez brave gens ! Je viens de recevoir (enfin !) ma grosse douzaine de comics vo, et pour avril ce ne sera que du DC. Entre le planning Marvel Now de Panini (terminé pour moi les tarifs prohibitifs de Marvel) et les retards sur la série Prophet (Image Comics), il ne me reste que mes petits New 52 pour me laisser bercer par la langue de Shakespeare. Mais mon petit doigt me dit que cette fournée printanière est assez intéressante, puisque ce mois d'avril était placé (selon les propres mots de DC) sous le signe du What The Fuck (si si!). Sans plus tarder, place aux séries Justice League, plus Stormwatch et sans Aquaman #19 (qui n'est pas arrivé à temps, snif).
Univers Justice League
Stormwatch #19 : Jim Starlin/Yvel Guichet/Jonas Trindade
Wonder Woman #19 : Azzarello/Sudzuka/Akins
Green Arrow #19 : Jeff Lemire/Andrea Sorrentino
jeudi 2 mai 2013
Rencontre/Signature avec Clara Prieur, le Vendredi 03 mai 2013
Rencontre avec Clara Prieur
- lauréate du "Prix de la nouvelle ados" -
le vendredi 3 mai, 17 h 30, à la Librairie Préambule
La librairie Préambule est très heureuse d'accueillir Clara Prieur pour une rencontre lecture signature en compagnie de certains élèves du collège des Gorguettes. Déjà lauréate du prix des collégiens du Printemps du livre, Clara Prieur poursuit son aventure littéraire avec une très belle nouvelle titré "Vertige", prix Clara - Nouvelles d'ados, publiée aux éditions Héloïse d'Ormesson. Ce prix, créé en mémoire d'une adolescente décédée subitement, est destiné
aux adolescents qui aiment lire et écrire. Il est décerné par un jury présidé par Eric Orsenna, et sa vocation est caritative, les bénéfices des ventes étant reversés à l'hôpital Necker - enfants malades.
Présentation de Clara par Clara :
" Je m'appelle Clara. Ma mère , pianiste, passionnée par la vie de Robert Schumann, m'a donné ce prénom il y a dix-sept ans. Belle coïncidence pour rendre hommage à celle à qui nous dédions nos nouvelles. J'ai commencé à écrire dès que j'ai su tracer les lettres. D'abord des histoire que je racontais à mes petites soeurs le soir, puis des nouvelles rassemblées dans un recueil intitulé "Instants (en)volés" et "Vertige", achevée à quinze ans, dont voici une version. Un vertige qui pourrait être une rêverie , un parfum iodé et enivrant, un roman "impressionniste" dont les mots dessineraient un paysage en pointillé. J'écris en musique, je danse depuis toute petite, maintenant dans une compagnie, je fais du théâtre et viens de finir le conservatoire de piano. Mais toutes ces activités sont une manière d' "exprimer" , comme si je pouvais écrire avec mon corps, mes doigts, ma voix.
Les mots sont un aboutissements. J'ai besoin de retranscrire tout ce qui rend la sensibilité nue, à vif, semblable à celle d'un enfant.
La tension de la danse dans le corps. La vapeur asphyxiante du silence. Une expression furtive sur un visage comme un mirage. La musique dans laquelle je baigne depuis toujours. Le vent déchaîné et la mer auprès desquels j'ai toujours vécu. Tout ce dont l'intensité me saisit, puissante à en donner le vertige. "

Témoignage de Clara à l'issu de la remise du prix :
" Que toujours perdure le vertige..."
" Je crois que mes chers co-lauréats ont raconté à merveille les événements
de cette mémorable journée du 25 octobre 2012, et de cette magnifique
soirée du Prix Clara.
Bien sûr, moi aussi je voudrais dire à quel point ce moment a été
exceptionnel. Je suis tentée de multiplier les adjectifs : journée
grandiose, incroyable, euphorique, intense, inespérée, onirique même.
Mais pour ce qui est des faits, je pense que quasiment chaque seconde a été
détaillée de maintes façons alors, au risque de vous décevoir, je ne me
sens pas le cœur à proposer une septième version du déroulement de la
journée. Le Prix Clara a été la réalisation d'une utopie dont j'ai rêvé de
toutes mes forces pendant des années. Ce 25 octobre je l'ai vécu comme une
reconnaissance extraordinaire de ce que je fais depuis toute petite mais
aussi comme une grande chance. Grâce à ce prix nous avons pu être édités.
Et lorsque l'engrenage de la publication s'est mis en œuvre en incluant mon
texte j'ai réalisé à quel point cela faisait une différence indélébile, un
« avant-après » à la fois magique et paradoxal. Les mots que j'ai écrits
sont les mêmes qu'ils soient lus par ma famille ou par des milliers de
personnes, pourtant il y a un monde entre ces deux types de mots. Entre eux
il y a le format adoré du livre bleu et vert du Prix Clara 2012. Les
dorures au milieu desquelles se détache le sourire de mes sœurs et de ma
mère. Nos visages immortalisés. La trajectoire inexorable, sans faille, des
commentaires des lecteurs. Nos voix amplifiées, enregistrées. Des caméras,
nos voix écoutées, réclamées. Des rencontres. La représentation. Les
flashs. Il y a la lumière qui fait plisser les yeux, il y a la multitude.
La multitude. Comme un ventre dans lequel on nous a découpé une porte. Et
une porte majestueuse il faut dire.
J'ai été infiniment heureuse quand j'ai compris que ce moment qui avait
failli ne jamais arriver était bien là, que j'en faisais partie, par un
enchaînement magique de faits. Le temps aurait filé un peu trop vite, cette
dernière journée d'envoi des textes candidats au prix se serait déroulée
différemment, le jury aurait été autre, je n'aurais pas repensé à Vertige,
et ma silhouette se serait transformée lentement sur les pellicules, les
mots seraient restés riches mais stériles. Il aurait suffi d'un infime
détail, et rien n'aurait eu lieu pour moi, l'instant se serait dessiné sans
mémoire. Pourtant je suis là sur cette estrade où il faut que je parle, je
suis aussi en haut de la falaise orange qui surplombe la mer, je suis là où
personne ne me voit, je suis là où personne ne me lit. Il s'agit bien des
mêmes mots, de la même personne. Alors c'est une question de quoi
finalement ? De temps ? De chance ? De talent ? De patience ?
Mais l'hypnose passée, je lève les yeux, je vois des visages souriants, des
tables dressées, des gens apprêtés, qui me regardent, avec insistance,
presque avec curiosité, qui attendent que je dise quelque chose. Il faut
parler, de ce que j'ai écrit il y a presque trois ans, de ces mots, ces
paysages, ces sons-là qui m'avaient semblé éternels et que j'avais voulu
saisir comme l'enfant veut saisir à pleines mains l'eau salée qui glisse
entre les doigts.
Cette journée s'est déroulée à une échelle différente.
Le temps avait pris une consistance différente.
Et les mots l'avaient imité en se reproduisant à l'infini sur les pages.
Ce 25 octobre, je suis heureuse. Des passionnés d'écriture tout autour de
moi. J'ai la chance d'être publiée. Du sel iodé reste au creux de la paume.
À l'imprimerie, le papier, à toute vitesse, devient une couche
imperméable. L'eau se passe de mains en mains étanches. L'enfant englouti
sous les vagues, la tempête ayant lavé la plage, l'eau s'étant évaporée,
l'instant demeure... ne serait-ce qu'un goût salé dans la bouche dont on se
souvient.
Merci aux éditions Héloïse d'Ormesson, aux parents de Clara, à tous ceux
qui soutiennent ce prix. "
Clara Prieur - 7 janvier 2013




Nous vous attendons nombreux vendredi 3 mai, à partir de 17 h 30 à la
librairie.
Préambulement votre
- lauréate du "Prix de la nouvelle ados" -
le vendredi 3 mai, 17 h 30, à la Librairie Préambule
La librairie Préambule est très heureuse d'accueillir Clara Prieur pour une rencontre lecture signature en compagnie de certains élèves du collège des Gorguettes. Déjà lauréate du prix des collégiens du Printemps du livre, Clara Prieur poursuit son aventure littéraire avec une très belle nouvelle titré "Vertige", prix Clara - Nouvelles d'ados, publiée aux éditions Héloïse d'Ormesson. Ce prix, créé en mémoire d'une adolescente décédée subitement, est destiné
aux adolescents qui aiment lire et écrire. Il est décerné par un jury présidé par Eric Orsenna, et sa vocation est caritative, les bénéfices des ventes étant reversés à l'hôpital Necker - enfants malades.
Présentation de Clara par Clara :
" Je m'appelle Clara. Ma mère , pianiste, passionnée par la vie de Robert Schumann, m'a donné ce prénom il y a dix-sept ans. Belle coïncidence pour rendre hommage à celle à qui nous dédions nos nouvelles. J'ai commencé à écrire dès que j'ai su tracer les lettres. D'abord des histoire que je racontais à mes petites soeurs le soir, puis des nouvelles rassemblées dans un recueil intitulé "Instants (en)volés" et "Vertige", achevée à quinze ans, dont voici une version. Un vertige qui pourrait être une rêverie , un parfum iodé et enivrant, un roman "impressionniste" dont les mots dessineraient un paysage en pointillé. J'écris en musique, je danse depuis toute petite, maintenant dans une compagnie, je fais du théâtre et viens de finir le conservatoire de piano. Mais toutes ces activités sont une manière d' "exprimer" , comme si je pouvais écrire avec mon corps, mes doigts, ma voix.
Les mots sont un aboutissements. J'ai besoin de retranscrire tout ce qui rend la sensibilité nue, à vif, semblable à celle d'un enfant.
La tension de la danse dans le corps. La vapeur asphyxiante du silence. Une expression furtive sur un visage comme un mirage. La musique dans laquelle je baigne depuis toujours. Le vent déchaîné et la mer auprès desquels j'ai toujours vécu. Tout ce dont l'intensité me saisit, puissante à en donner le vertige. "
Témoignage de Clara à l'issu de la remise du prix :
" Que toujours perdure le vertige..."
" Je crois que mes chers co-lauréats ont raconté à merveille les événements
de cette mémorable journée du 25 octobre 2012, et de cette magnifique
soirée du Prix Clara.
Bien sûr, moi aussi je voudrais dire à quel point ce moment a été
exceptionnel. Je suis tentée de multiplier les adjectifs : journée
grandiose, incroyable, euphorique, intense, inespérée, onirique même.
Mais pour ce qui est des faits, je pense que quasiment chaque seconde a été
détaillée de maintes façons alors, au risque de vous décevoir, je ne me
sens pas le cœur à proposer une septième version du déroulement de la
journée. Le Prix Clara a été la réalisation d'une utopie dont j'ai rêvé de
toutes mes forces pendant des années. Ce 25 octobre je l'ai vécu comme une
reconnaissance extraordinaire de ce que je fais depuis toute petite mais
aussi comme une grande chance. Grâce à ce prix nous avons pu être édités.
Et lorsque l'engrenage de la publication s'est mis en œuvre en incluant mon
texte j'ai réalisé à quel point cela faisait une différence indélébile, un
« avant-après » à la fois magique et paradoxal. Les mots que j'ai écrits
sont les mêmes qu'ils soient lus par ma famille ou par des milliers de
personnes, pourtant il y a un monde entre ces deux types de mots. Entre eux
il y a le format adoré du livre bleu et vert du Prix Clara 2012. Les
dorures au milieu desquelles se détache le sourire de mes sœurs et de ma
mère. Nos visages immortalisés. La trajectoire inexorable, sans faille, des
commentaires des lecteurs. Nos voix amplifiées, enregistrées. Des caméras,
nos voix écoutées, réclamées. Des rencontres. La représentation. Les
flashs. Il y a la lumière qui fait plisser les yeux, il y a la multitude.
La multitude. Comme un ventre dans lequel on nous a découpé une porte. Et
une porte majestueuse il faut dire.
J'ai été infiniment heureuse quand j'ai compris que ce moment qui avait
failli ne jamais arriver était bien là, que j'en faisais partie, par un
enchaînement magique de faits. Le temps aurait filé un peu trop vite, cette
dernière journée d'envoi des textes candidats au prix se serait déroulée
différemment, le jury aurait été autre, je n'aurais pas repensé à Vertige,
et ma silhouette se serait transformée lentement sur les pellicules, les
mots seraient restés riches mais stériles. Il aurait suffi d'un infime
détail, et rien n'aurait eu lieu pour moi, l'instant se serait dessiné sans
mémoire. Pourtant je suis là sur cette estrade où il faut que je parle, je
suis aussi en haut de la falaise orange qui surplombe la mer, je suis là où
personne ne me voit, je suis là où personne ne me lit. Il s'agit bien des
mêmes mots, de la même personne. Alors c'est une question de quoi
finalement ? De temps ? De chance ? De talent ? De patience ?
Mais l'hypnose passée, je lève les yeux, je vois des visages souriants, des
tables dressées, des gens apprêtés, qui me regardent, avec insistance,
presque avec curiosité, qui attendent que je dise quelque chose. Il faut
parler, de ce que j'ai écrit il y a presque trois ans, de ces mots, ces
paysages, ces sons-là qui m'avaient semblé éternels et que j'avais voulu
saisir comme l'enfant veut saisir à pleines mains l'eau salée qui glisse
entre les doigts.
Cette journée s'est déroulée à une échelle différente.
Le temps avait pris une consistance différente.
Et les mots l'avaient imité en se reproduisant à l'infini sur les pages.
Ce 25 octobre, je suis heureuse. Des passionnés d'écriture tout autour de
moi. J'ai la chance d'être publiée. Du sel iodé reste au creux de la paume.
À l'imprimerie, le papier, à toute vitesse, devient une couche
imperméable. L'eau se passe de mains en mains étanches. L'enfant englouti
sous les vagues, la tempête ayant lavé la plage, l'eau s'étant évaporée,
l'instant demeure... ne serait-ce qu'un goût salé dans la bouche dont on se
souvient.
Merci aux éditions Héloïse d'Ormesson, aux parents de Clara, à tous ceux
qui soutiennent ce prix. "
Clara Prieur - 7 janvier 2013
Nous vous attendons nombreux vendredi 3 mai, à partir de 17 h 30 à la
librairie.
Préambulement votre
mercredi 1 mai 2013
Crime d'Honneur, d'Elif Safak
Cela faisait quelques temps que j'avais "lâché" Elif Safak, entre ses déclarations chocs (opération marketing ?) et autres propagandes déguisées pour le parti actuellement au pouvoir en Turquie. Mais, l'envie m'a soudain pris d'ouvrir Crime d'honneur et de renouer avec l'univers de l'auteure turque. Comme son titre français le suggère, il est bien question d'un crime d'honneur. Ou plutôt le roman remonte dans la généalogie de cette famille kurdo-turco-anglaise pour décrire tous le processus qui amène Iskender à tuer sa propre mère. Mais avec Elif Safak, les choses ne sont jamais simples, et l'auteure a décidé de pimenter son roman en adoptant la structure narrative du puzzle. Le récit alterne continuellement les points de vue, chaque chapitre étant l'occasion de s'attarder sur un passage marquant, un tournant, un choix, un moment déterminant dans les histoires personnelles. Lire Crime d'honneur est un embarquement littéraire sur cette rivière décousue qu'est la vie, symbolisée par ce ballottement entre les périodes (des années 40 jusqu'aux années 90), les lieux (Londres, Istanbul, le Kurdistan turc) et les personnages (Adem le père, Pembe et Jamila les soeurs jumelles, Iskender/Esma/Yunus les enfants). Cette structure popularisée au cinéma par le 21 grammes d'Inarritu, devient courante dans la littérature. Je l'avais récemment appréciée chez Jennifer Egan et son Qu'avons-nous fait de nos rêves ?, je l'ai à nouveau adorée avec Crime d'honneur. On pourrait croire que le puzzle sera fastidieux et opaque, qu'il va perdre le lecteur et le laisser sur le bas-côté en cours de route. Au contraire, il procure une rythmique entraînante à la narration, ce qui se traduit par une furieuse envie d'avancer dans l'histoire, d'autant que cette dernière ne cesse de s'éclaircir tout en gagnant en densité. Que l'on me comprenne bien, on ne lit pas Crime d'honneur, on le dévore. Un constat qui peut faire douter de la qualité d'un texte, car derrière le vernis de la virtuosité, le sceptique soupçonne la souillure du page-turner. Je laisse le lecteur juger de l'éventuel péché. Safak ne possède certainement pas la plus belle plume de notre ère littéraire (restons lucides), mais elle est incontestablement une conteuse de génie. Et Crime d'honneur est un conte merveilleux, structuré et mené de bout en bout d'une main de maître par l'écrivaine.
Le puzzle implique de maîtriser un deuxième talent littéraire : la science du personnage. Varier les points de vue, alterner les épisodes demande en effet de la part de l'écrivain un certain effort de caractérisation. Chaque personnage se doit d'être traité en détail et avec minutie ;
chaque personnage doit avoir sa propre profondeur pour que le lecteur
puisse s'y identifier. Le puzzle doit se transfigurer en symphonie, et
chaque personnage est un instrument qui enrichit la partition tout en
participant à l'équilibre harmonique de l'ensemble. Force est de constater que nous retrouvons bien l'auteure de la Bâtarde d'Istanbul et de Bonbon Palace. Elif Safak a produit un bel exercice d'écriture pour composer ces différentes voix (les pages d'Iskender en prison sont à ce point saisissantes). Conséquence de cette réussite, tous les personnages sont attachants. Et je dis bien tous. On les aime dans leur totalité, c'est-à-dire avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs éclats et leurs échecs dramatiques, leur courage et leur résignation. Elif Safak a d'ailleurs choisi de titrer son roman Iskender en turc, mettant au premier plan le responsable du matricide. Ce n'est donc pas tant de l'acte en lui-même que de l'évolution des personnages dont il est question dans le livre. En comparaison, le titre choisi par Phébus me semble un tantinet racoleur (même face au simple Honour de l'édition originale), surtout lorsque l'on sait que le crime d'honneur est un des stigmates qui collent à la peau des communautés turques. Certes c'est un sujet développé, mais c'est une thématique finalement très secondaire. Il en va de même pour les autres considérations politico-sociales. Le roman met en scène des immigrés dans une Angleterre pré-Thatchérienne, et pourtant le texte ne disserte guère sur les conséquences de l'immigration que ce soit l'acculturation, le racisme ou le repli communautariste. Ce dernier phénomène aurait du occuper une place prépondérante dans le roman (surtout si on le titre Crime d'honneur), mais il n'est que suggéré au travers d'un personnage quelque peu ambigu. Ne cherchez pas non plus un traitement en profondeur de la question politique, puisque le monde des squats marxistes est déconstruit par le regard d'un jeune enfant. Pour être plus exact, il faudrait préciser que tous ces éléments méta-textuels sont présents, mais comme une nécessaire contextualisation. Il fallait bien un décor pour que les protagonistes puissent prendre vie mais ce dernier est finalement assez neutre. En somme Elif Safak préfère la mise en scène à la scène elle-même.
S'il faut s'attarder sur les personnages, c'est que tout passe par eux dans ce roman. Ils sont à la fois la colonne vertébrale du récit, mais surtout les vecteurs de l'émotion. Impossible de ne pas louer la générosité de l'auteure sur ce point. Tout le spectre émotionnel est ainsi restitué avec une grande justesse. Elif Safak retranscrit à la perfection la naissance de l'amour, et les maladresses des personnages peu habituées à le ressentir. L'auteure est à l'aise pour capter les mouvements ou les sensations fugaces, autant de micro-manifestations de ces immenses passions. J'accorderais une mention toute particulière aux chapitres dédiés au petit Yunus. Se fondre dans les yeux d'un enfant est un jeu d'équilibriste périlleux où l'innocence peut se transformer en sensiblerie exagérée, où la pureté des sentiments peut dériver sur une mièvrerie rapidement insupportable. Rien de tel dans Crime d'honneur où l'on rit, on pleure, on s'égare, on s'émeut en compagnie de ce petit garçon, mascotte presque surréelle d'un squat marxisto-punk. C'est encore dans ces personnages que l'on ressent toute la personnalité et même l'intimité de l'écrivain. Lorsque l'on connaît l'attachement de cette dernière à la tradition des guérisseurs en Turquie (notamment à sa grand-mère), difficile de ne pas faire le lien avec le personnage de Jamila, sublime femme indépendante vivant repliée dans les montagnes du Kurdistan. Quelle part d'Elif Safak se retrouve dans la jeune Esma, soeur du meurtrier, narratrice indirecte de ce roman et dont la vocation est la littérature ? Tout ceci est probablement pure spéculation, mais il y a une coloration très personnelle dans Crime d'honneur qu'il est impossible d'ignorer.
Mesurons nos superlatifs pour conclure sur Crime d'honneur. Certes ce n'est pas le texte le plus brillamment écrit. Certes il n'a pas cette profondeur sociologique ou anthropologique que d'aucuns pourraient regretter. Mais ne pourrait-on pas aimer le récit pour le récit ? Je pense que oui. Si l'histoire est suffisamment émouvante et entraînante, le travail est (en partie) accompli. Quitte à me répéter, Elif Safak est bien une conteuse de génie , et il serait vraiment dommage de passer à côté de son dernier roman qui garantit une lecture gourmande et délicieuse dans sa générosité.
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