lundi 17 septembre 2012

Rencontre avec Serge Koster

La Librairie Préambule a le plaisir de recevoir l'écrivain Serge  Koster mercredi 19 septembre à partir de 11 h. Bien connu des fidèles du Printemps du livre pour ses animations savoureuses, Serge Koster est aussi l’auteur de nombreux ouvrages (essais et romans), dont le dernier, "Je ne mourrai pas tout entier" (Éditions Léo Scheer - 2012) s'apparente à une sorte de livre testament, des fragments, des méditations, des souvenirs... la vie d'un homme de lettres.

Une citation :
"D'où me vient le goût d'écrire ? De l'enfance. De l'insuffisance du sentiment d'exister. De la pénurie de caresses. Mais encore, d'où vous vient le goût d'écrire ? Du désir de naître, de se faire connaître, reconnaître, renaître, être né. Et de ne pas mourir tout entier."

Une critique de Jérome Garcin :
Grâce à Léautaud, il s'est révélé sur le tard. La preuve avec ce nouveau recueil de souvenirs où Serge Koster, 72 ans, continue d'écrire sous le manteau élimé du vieux diariste de Fontenay-aux-Roses. Qu'importe à ce juif d'origine polonaise que Léautaud eût été judéophobe: sa dette à son égard est plus forte que les reproches dont il pourrait l'accabler. Sans l'auteur atrabilaire du «Journal littéraire», jamais l'austère Koster n'aurait osé se mettre à nu, se préférer, se mal aimer, avouer sa vanité, abandonner la fiction pour l'égotisme, faire la liste de toutes ses maladies (dont une fistule anale), exprimer son amertume d'être méconnu, peu lu et très pilonné, reconnaître avoir écrit quelques livres «inconsistants», 
vitupérer le milieu littéraire qui l'a souvent négligé, ou donner les noms de ceux avec qui, pour des vétilles et le goût de se fâcher, il s'est brouillé.
Mais la gratitude dont ce livre est plein va bien au-delà de Léautaud. Ici, Koster glorifie la femme de sa vie, la France qui a accueilli ses parents en fuite, les paysans sarthois qui l'ont caché pendant la guerre, son père spirituel Francis Ponge, Claude Lanzmann - «L'avoir connu est un cadeau du destin» -, ou encore Michel Tournier, avec lequel il s'est réconcilié en buvant un monaco. Impossible de ne pas être ému par ce récit d'un écorché vif calmé par la grammaire, d'un fils d'apatrides dont la littérature a été la seule patrie.

Un  témoignage de David Foenkinos :
Je n'avais jamais lu ses romans, ses essais, ses articles. Je l'ai rencontré il y a peu au Printemps du livre de Cassis, puisqu'il anime une fois par an, et depuis 25 ans, les débats de cette manifestation culturelle. « Mon ultime activité publique » dit-il dans son livre. Avec Antoine Spire, ils forment un duo étonnant. Avec l'auteur entre eux, ça prend vite fait la forme d'un hot-dog. On ne sait plus très bien s'il faut tourner la tête à gauche ou à droite. Mais bon, depuis le temps, ils maîtrisent le voyage.  
Serge Koster m'a touché. C'est difficile de savoir pourquoi quelqu'un vous touche finalement. C'est un ensemble de choses assez intimes et qui ne s'écrivent pas. Je l'ai vu assez peu. Quelques bribes de conversation. Il a parlé d'un voyage à New York avec sa femme ; avec un petit sourire mignon, il a dit : « on voyage peu, mais là on s'est fait plaisir ». Ne serait-ce que pour ça, j'ai eu envie de lire son livre. ça commence par l'évocation de ses funérailles. On pourrait imaginer une entrée en matière plus joyeuse, et pourtant, tout à son image, elle est légère et désinvolte comme les musiques choisies. Pour sa mort, il veut du jazz. Rien d'étonnant, il écrit comme les artistes de chez Blue Note. J'ai fait des études de Jazz, alors je me reconnais d'entrée des goûts communs avec cet homme. Ce n'est que le début, tout le livre fut pour moi une succession d'étrangetés et de correspondances. On dit parfois quand on a aimé un livre : « ah j'aurais aimé l'écrire ». Moi, son livre, je crois que j'aurais aimé l'écrire dans quarante ans. Il est l'avenir de ma vie littéraire. Je l'ai déjà lu deux fois. Il m'a fasciné par sa beauté, son élégance, sa pudeur. Page 26, il écrit : « Peut-être suis-je en train d'écrire, encore une fois, un texte sacrifié, sans destin qu'une minorité de lecteurs ». Il n'a pas eu tort. Je n'ai pas l'impression que beaucoup ont parlé de ce texte. Je ne sais pas vous, mais moi ça me touche profondément cette façon d'évoquer un texte sacrifié, alors chaque ligne bat de la densité la plus totale d'un homme. Ce que j'aime, c'est l'absence absolue d'aigreur, d'apitoiement, comme une beauté à la désinvolture que les années nous ont obligés à endosser.  
Le livre fourmille d'anecdotes sur Michel Tournier, Francis Ponge, ou encore Bernard Giraudeau. Les soirées avec Françoise Verny valent aussi le détour. On y lit les belles rencontres, les espoirs d'une grande vie littéraire, les déceptions aussi, les ambitions avortées. C'est le roman de la vie littéraire. Avec, toujours cette question : que reste-t-il ? Sûrement, les pages les plus émouvantes sont sur les vieillards croisés au cours de son existence. Les fins de vie de Jean Dessailly, Claude Roy ou encore Jean Dutourd (tiens encore un point commun, j'avais raconté dans ce blog ma rencontre avec Dutourd...). C'est une question à laquelle je ne cesse de penser. J'ai eu parfois l'impression en lisant ce livre que Serge Koster m'aidait à formuler la confusion de certains de mes sentiments.   Et puis au cœur de son livre, il y a d'une manière incessante, le refrain inépuisable : « la femme de ma vie ». Beaucoup de beauté à ne cesser de mentionner l'acolyte de cette traversée. Je me suis toujours amusé de cette expression : « la femme de ma vie » qu'on prononce lors d'une belle rencontre. Mais là, après cinquante ans passés ensemble, on peut vraiment dire qu'il s'agit de la femme de sa vie. Le soir, ils aiment lire et échanger leurs impression : « Souvent je m'interromps, m'allonge, ferme les yeux, étends le bras vers son flanc, demeure immobile, savourant derechef le sentiment de l'existence à l'état pur, dans le calme murmure du cosmos, en harmonie avec l'univers, tout à son plan, qui est de nous réunir pour l'entièreté du temps où nous serons. A cet instant, la certitude de notre inscription dans le non-être me laisse incrédule. »

Voilà, alors nous vous attendons nombreux mercredi, pour découvrir son livre.
Amicalement votre
Préambule


Signature mercredi 19 septembre 2012, de 11 h à 13 h, à la librairie Préambule, 8  rue Pierre Eydin - Cassis.
Rens. : 04 42 01 30 83

vendredi 7 septembre 2012

L'Effrayable, d'Andreas Becker

Bonjour à toutes et à tous,

en guise de billet, je vous propose de faire écho à notre dernier coup de coeur (à voir ici ), l'Effrayable d'Andreas Becker. Je le mentionne dans la chronique, mais les éditions La Différence ont réalisé une bande-annonce, diffusée dans le réseau cinématographique MK2. Une manière nouvelle de présenter un livre, et si elle ne remplace pas un bon résumé ou un entretien plus classique avec l'auteur, a au moins le mérite de vous faire plonger dans l'univers du roman. La fidélité avec la teneur, la profondeur et la puissance du texte étant parfaitement retranscrite visuellement, vous pouvez donc vous faire une idée de ce qui vous attend dans l'Effrayable.

Et, je le répète, lisez ce livre, conseillez-le, c'est un grand roman, la plus grosse claque de la rentrée.

à bientôt !


jeudi 23 août 2012

Pour seul cortège, de Laurent Gaudé



Ça y est c’est officiel, la rentrée littéraire a débuté et les premiers romans (près de 700 cette année) commencent à peupler nos étals. Cela fait plusieurs billets que je l’annonce, tant pis si je me répète encore, Actes Sud présente sa dream team francophone, et autant vous avouer que j’avais depuis la présentation de juillet nourri de sérieuses attentes autour de certains ouvrages en particulier. Je me suis donc rué sur le roman de Laurent Gaudé, Pour seul cortège, que je me propose de vous présenter aujourd’hui. 

Alexandre, Ericléops, Drypteis. Ces trois voix s’entremêlent dès le début du roman. Alexandre le Grand, sur le chemin de la retraite, s’effondre et doit lutter contre un adversaire plus fort que lui, la maladie. Drypteis, fille de Darius, Empereur des Perses, exilée depuis la mort de son époux, est rappelée auprès du Macédonien, accompagnant une prêtresse qui doit se prononcer sur l’état du mourant. Ericléops, messager d’Alexandre, traverse l’Indus pour porter son augure guerrier dans un royaume lointain. Décapité, sa tête revient vers son maître dans l'espoir de ranimer sa flamme car un nouvel ennemi ose enfin défier le conquérant. Mais Alexandre apprend enfin à mourir. Le cortège funéraire quitte Babylone, tandis que la guerre de succession se prépare. Ptolémée, prétendant au trône, lance ses troupes à la poursuite du corps. Mais dans le vent, dans la terre, des voix se lèvent, les morts rassemblent leurs dernières énergies pour guider l’âme du défunt vers son véritable royaume. 

Difficile d’en dire plus sur la trame de ce court roman, 186 pages à peine, sans gâcher le plaisir du futur lecteur. Dès les premières lignes de Pour seul cortège, nous sommes en tout cas transportés dans l’univers de Laurent Gaudé. L’écrivain saisit toute la gravité du crépuscule d’un règne, les derniers soubresauts d’un conquérant légendaire qui font frémir tout un Empire. Comparable à la chute d’un Dieu qui emporte tous ses fidèles, la mort d’Alexandre se répand comme un murmure dans toutes les provinces, embrase les cœurs des ambitieux et désespère les démunis. Gaudé restitue admirablement ces changements, où les frères de la veille deviennent les ennemis de demain, où la solidarité martiale cède la place à la haine de la division. Il suggère aussi toute la prégnance de l’Empire face auquel les destinées individuelles pèsent peu, placées dans l’arbitraire de sa main aveugle, où la frontière entre la consécration et l’anéantissement est ténue. 

Il faut rendre grâce à Laurent Gaudé pour avoir rompu avec toute prétention historique. Certes, le roman est parsemé de références à la trajectoire d'Alexandre, mais peu lui importe au final. On retrouve ici les affinités de l’écrivain avec la mythologie, car ce qui l’intéresse c’est bien toute la puissance évocatrice d’un telle figure à la frontière du mythe, une fulgurance quasi-divine qui a traversé l’histoire des hommes. Une réflexion revient souvent dans le roman « A qui appartiens-tu Alexandre ? », et c’est bien à cette interrogation (es-tu un Macédonien, es-tu un Perse, es-tu un homme ?) que tente de répondre l’écrivain. En choisissant ces termes de l’évocation, Gaudé renoue avec ses outils favoris en recourant au fantastique et au surnaturel. Les voix dialoguent à travers l’espace, à travers la mort, les esprits hantent encore la Terre qui tremble toujours de la mort du Macédonien. Cela lui permet d’offrir un final (et quel final !) digne des plus belles épopées mythologiques. 

Certains lecteurs se plaignent parfois dans la librairie du « système Gaudé » qui s’essouffle. Il est vrai que l’écrivain réutilise certaines figures de ses précédentes œuvres, notamment celle du messager plus mort que vif dans le recueil de nouvelles Les Oliviers du Négus, et que l’on retrouve cette volonté de retravailler certains personnages historiques pour en retirer la quintessence mythique. Je suis plutôt tenté de dire que Pour seul cortège fait au contraire sens dans l’œuvre globale de Laurent Gaudé, et rassemble plusieurs éléments qui étaient jusque-là disséminés dans ses précédents textes. Soyons plus explicites : Pour seul cortège est un roman magnifique, un souffle épique comme on en a peu aujourd’hui, et un sacré plaisir de lecture à côté duquel il ne faudrait pas passer.

lundi 20 août 2012

Les Lisières, Olivier Adam

Dans notre tour d'horizon de la rentrée littéraire, intéressons-nous aujourd'hui à un autre poids lourd de la littérature française, Olivier Adam (Des Vents contraires, Le Coeur régulier). Lors du dernier mercato littéraire, ce dernier a quitté son équipe de toujours, l'Olivier, pour rejoindre la plus prestigieuse maison Flammarion.  Alors que la campagne des Prix approche, l'essai est-il transformé avec Les Lisières ?

Les Lisières est un récit à la première personne mettant en scène un écrivain, Paul, qui se débat dans sa vie. La quarantaine, deux enfants, divorcé mais toujours amoureux de son ex, hormis les bouffées d'air qui lui apporte les bambins, Paul est noyé dans un vide émotionnel. Pour s'en sortir, ce ne sera pas du côté du travail, car l'inspiration l'a quitté depuis quelques temps, au grand dam de son éditeur. En revanche, Paul se décide à fouiller son passé et remonter aux sources de sa maladie, son malaise permanent. Ceci l'amène à revoir ses amis de banlieue, à faire l'amer constat de leur difficile situation, mais aussi à repenser ses amours lycéens déçus et pourquoi pas, rattraper le temps et les occasions perdus. Une quête en arrière qui le conduit au domicile familial, affronter la froideur d'un père ouvrier et râleur, tandis que sa mère hospitalisée et défaillante mentalement, lâche un secret enterré depuis longtemps. 

Voilà à peu près la trame de cet imposant roman (plus de 450 pages) dans lequel Olivier Adam brasse de nombreux sujets. Bien évidemment il faut adhérer au côté irrémédiablement psychologisant du texte, qui est consacré en grande partie à l'analyse et l'autoanalyse du narrateur tourmenté. Généralement je suis plutôt réticent à ce type de came littéraire, mais l'enchaînement des mots, des sensations et autres réflexions, coule de source, et l'on doit ici rendre grâce à l'écrivain maître de lui et de sa plume. Alors certes, le lecteur retrouvera des thèmes peu originaux : la nostalgie du premier amour, la joie de l'amour parental, les relations distantes avec le père, le bilan de sa jeunesse, la redécouverte de la famille, la jalousie de l'ex. Mais Olivier Adam s'en sort chaque fois avec les honneurs, et tout ceci est traité avec qualité. 

Mais là où le roman gagne en force et en intérêt, c'est quand il se sociologise. Les Lisières est un titre admirable et qui est parfaitement adapté à ce qui est abordé en profondeur dans le texte. Si le narrateur est un homme au bord de son gouffre intérieur, c'est peut-être aussi qu'il se place à la marge de tous les milieux dans lesquels il évolue ou a évolué. Olivier Adam analyse ici la trajectoire d'ascension sociale et culturelle de son narrateur, qui rejette en partie son héritage populaire tout en crachant à la gueule du milieu littéraire type Saint-Germain des Prés. Nulle part chez lui, observateur de la frontière, c'est ce positionnement inconfortable qui est à la racine du mal dont souffre Paul. Olivier Adam revient à la charge du réalisme en accordant une grande attention aux récits de vie des anciens amis que rencontre Paul. C'est l'avantage d'un narrateur qui a le pouvoir de faire délier les langues et la faculté de plus s'intéresser à la vie des autres qu'à la sienne. Ces portraits mettent en scène cette working-class de banlieue qui trime jusqu'à l'aliénation et souffre dans l'indifférence. Le choix d'Olivier Adam pour une langue orale crue, parfois vulgaire est également payant, et rajoute indéniablement en crédibilité. Pour revenir au personnage principal, l'accumulation des références culturelles et autres, font également de Les Lisières, une radioscopie particulièrement précise de notre époque, de nos goûts, que notre narrateur de la lisière regarde souvent de manière ironique renvoyant tous les camps culturels, sociaux et politiques dos-à-dos.

Mine de rien, Les Lisières remplit allègrement son cahier des charges : bien écrit, intéressant et accrocheur jusqu'à sa conclusion, très belle par ailleurs. Très certainement, le livre va faire parler de lui, et saura attirer le lecteur. Encore un candidat crédible, quoiqu'un bon cran en-dessous d'Amin Maalouf,  pour les prochaines médailles automnales.

vendredi 17 août 2012

Les Désorientés, par Amin Maalouf


Editeur prestigieux + nom redondant anobli récemment par l’académie, voilà deux (mauvaises) raisons pour ne pas lire a priori un roman. Mais bon, les aléas du mois d’août, l’envie d’essayer autre chose, la volonté d’être au point au moment de la rentrée littéraire, m’ont fait prendre Les Désorientés du dernier immortel en date de la langue française, le libanais Amin Maalouf.  Poids lourd de la littérature française, peut-être le meilleur espoir pour Grasset de viser le Goncourt, à notre tour de disséquer cet imposant texte de plus de 500 pages qui arrivera dans les rayons en septembre. 

 Les Désorientés  raconte le retour du narrateur, Adam, dans son pays natal après un quart de siècle d’exil volontaire, alors qu’un de ses anciens amis est en train de mourir. Historien de métier, il est censé travailler sur une biographie d’Attila, mais son projet prend une autre tournure. Dans l’auberge tenue par une vieille amie, les souvenirs affluent, le passé s’invite dans la chambre d’Adam. Ce dernier ouvre des vieux documents, lit une lettre, puis deux, se remémore ses réponses. Le besoin naît de coucher sur papier les portraits de tous ses amis qui composaient le « cercle des Byzantins » au début des années 70. Alors que l’un d’entre eux rend l’âme, Adam décide d’organiser des retrouvailles officielles, réunir les vivants pour donner un dernier hommage aux morts qui ont secoué le groupe. La tâche est ardue, certains sont partis loin du pays, aux Etats-Unis, au Brésil, ou en Jordanie, et les autres se sont éloignés dans le pays même, se réfugiant dans la religion, que celle-ci prenne la forme de l’Islam radical ou d’un monastère orthodoxe. Les Désorientés relatent ces quinze jours de quête, d’enquête et de requête pour réconcilier passé et présent, entre la chambre de l’auberge et les routes du Proche Orient afin de retisser les liens distendus. 

Amin Maalouf consacre une grande partie de son roman à cette étude du passé. Plus qu’une étude nostalgique qui magnifierait l’âge d’or d’une jeunesse perdue, l’écrivain se livre au dévoilement intégral. Seul ou entouré de ses amis, Adam décide de relater toutes les blessures accumulées, les cicatrices encore ouvertes, les erreurs et les désirs inassouvis, l’éloignement. Si Maalouf explore les « grands sentiments » (l’Amitié, l’Amour, la Mort), l’exercice est toujours subtile, effectué avec précaution, rassemblant tous les points de vue, concédant sur l’intransigeance subjective du narrateur, pour restituer toute la complexité et la profondeur de ces mots que l’on jette si souvent en pâture dans la littérature. Les réflexions sonnent toujours justes, et le concert émotionnel qui se joue dans les pages touche souvent au sublime. Maalouf retient souvent sa plume, et si les mots sont précis et calculés, l’écrivain privilégie des phrases simples, qui coulent, et qui se contentent d’illustrer avec sobriété ce qui bouillonne dans ses personnages. 

Un point sur la contextualisation du roman. De manière évidente, Maalouf joue dans les Désorientés la carte de l’universalisme. En sus du prénom de son narrateur, Adam, l’écrivain opère un certain tour de force en ne mentionnant jamais le pays (son pays) théâtre de son drame humain, en l’occurrence le Liban. Vingt-cinq ans d’exil, cela correspond bien évidemment à la guerre civile qui a ravagé le pays. Le roman, s’il n’est pas essentiellement politique, aborde tout de même à plusieurs reprises cette thématique. C’est la guerre a provoqué les départs, les premiers morts, et les différentes trajectoires opérées par les anciens amis. L’occasion pour Maalouf de faire part de la corruption du Liban, des mains salies par la guerre et qui le sont restées après la paix. Les idées politiques sont également bien présentes. Certes l’écrivain a à sa disposition une galerie archétypale (un juif, un chrétien, un islamiste entre autres) lui permettant de faire le point sur l’état idéologique des pays arabes, mais derrière ces oppositions, c’est une autre douleur qui se révèle, celle de ces jeunes libanais qui souhaitaient dépasser le cadre communautaire de leur pays, purger le Liban de ces divisions stériles et qui n’auront été payés en retour que par le départ ou la mort. 

Les Désorientés est un roman extrêmement riche, particulièrement bien écrit et d’une intelligence rare. Fruit de l’expérience personnelle de Maalouf, ce dernier réussit son pari ambitieux, toucher l’universel en délivrant un testament littéraire destiné à l’humanité entière. Autant dire qu’il faudra suivre de près le destin de ce roman, qui comptera parmi les plus belles réussites de la rentrée littéraire.  

jeudi 9 août 2012

Avengers vs X-Men #5-8

J'ai délaissé dernièrement le compte-rendu de comics, et je dois me rendre à l'évidence qu'il est plus facile, moins coûteux en temps assurément, de laisser passer quelques numéros avant de tapoter le clavier pour écrire une critique qui tienne un tant soit peu la route. Plus de recul aussi pour juger de l'évolution d'une série, ou en l'occurrence d'un event, ou pour mieux se laisser guider par le ou les scénaristes qui y officient. Bref, tout ceci pour dire qu'il est enfin temps de voir comment évolue le mega event de Marvel, Avengers vs X-Men. Nous avions laissé tout ce beau monde sur la lune, alors que le Phoenix himself approche. Attention, ça va spoiler sévère, au moins dans le paragraphe qui va suivre. 

 Comme tout un chacun, je m'attendais sans aucune surprise advenir ce qui devait advenir, à savoir l'absorption du Phoenix par Hope, avec tout le lot de catastrophes en option. Que Nenni ! Premier vrai gros deus ex, la petite se débine, et demande à Wolverine de faire le sale boulot en la tuant. Résultat, nous n'aurons pas un Phoenix, mais cinq plumitifs cosmiques. Plus précisément, les scénaristes introduisent une idée intéressante, à savoir que la force cosmique se répartit entre cinq hôtes, divisant par là-même ses forces. Sans trop en dire sur cette nouvelle équipe, disons tout de même que Cyclope se retrouve en tant que leader mutant revanchard et obtus, mais avec le pouvoir cosmique en sus. Et là, le crossover change de direction. Dès le #6, une ellipse est passée par là, d'où il faut déduire que les nouveaux supers mutants commencent à faire ce qu'ils veulent sur la planète qu'ils envisagent de réformer en profondeur, dans le bon sens du terme. Mais les sceptiques demeurent, et non des moindres. C'est d'abord Xavier qui se manifeste (la surprise a été grande pour moi, ne suivant pas trop les séries mutants) visiblement déçu du leadership exercé par son ancien protégé. Puis ce sont les Vengeurs qui n'ont pas digéré les changements imposés par la bande à Cyclope. Sous l'égide d'un Cap' fidèle à lui-même la contre-attaque commence, et la latte peut recommencer. Le rapport de forces n'étant vraiment plus le même, voilà le moyen de réintroduire la Nemesis des X-Men. On l'attendait depuis longtemps, 2005 pour être exact. Et quand Wanda débarque, ce n'est plus la même histoire. Toujours aussi bourrine, elle permet aux Vengeurs de sauver la face et de mettre à terre un des Phoenix, une défaite qui paradoxalement renforce les quatre autres. Autant dire que nos héros ne sont pas sortis de l'auberge. 

Clairement avec ces quatre numéros on passe dans une autre dimension. Jusque-là on avait de la bonne grosse fight classique, démesurée, bordélique et rapide dans la grande tradition des crossover. Avec l'Ellipse, et les premiers numéros de ce nouveau statu quo, on souffle un peu et on pose les véritables enjeux du crossover. Une nouvelle thématique émerge, à savoir que faire, comment agir lorsque de quasi-divinités oeuvrent pour la pacification de l'humanité et assurer l'équilibre planétaire. On navigue en territoire connu, puisque le questionnement philosophique autour du caractère divin des super héros a été sublimé par Alan Moore dans Watchmen. Depuis, The Authority a aussi exploré le problème, mais il est intéressant de voir que le sujet, passionnant au demeurant, soit abordé ou plutôt suggéré dans un crossover mainstream. Évidemment, ça reste du Marvel, donc les doutes légitimes autour de la démarche ne durent pas plus de trois cases, du fait que les Vengeurs prennent rapidement position, ce qui est compréhensible lorsque l'on sait ce dont est capable le Phoenix. Mais bon, il faut se réjouir quand Marvel lorgne vers les bonnes références, que ce soit Watchmen ou Highlander (si si), et renouvelle un peu son récit. Un mot sur la Sorcière Rouge, à l'origine de la plus grande des perturbations de l'univers Marvel au cours des dernières années. L'attente pouvait être déçue. Et bien ce n'est pas le cas. J'ai eu les frissons lorsqu'elle est apparue au cours d'une case, et franchement on est plus qu'heureux de la voir au top de sa forme. Si certains avaient oublié le poids lourd qu'elle était dans l'équipe, les mémoires sont très vite rafraîchies. Wow ! 

Un petit mot sur les dessins, et sortez les trompettes, c'est Coipel qui prend la relève au #6. C'était pas trop tôt !! Pour être honnête, je dois dire que le boulot de Romita Jr sur le #5 était plus que correct, et correspondait (enfin...) aux standards attendus. Mais bon, avec Coipel, on entre là encore dans une nouvelle dimension, et c'est rendre honneur au dessinateur français que de lui redonner Wanda sous son pinceau numérique. Donc c'est beau, détaillé, épique, et ça colle magnifiquement à l'event. 
Vous l'aurez compris, Avengers vs X-Men s'annonce comme une grande réussite, une très grande réussite. Les pistes sont disséminées ici et là sur la conclusion de l'event, et franchement ça inaugure de l'épique, de l'émotion, du retournement de situation, bref du Bigger than life comme on en raffole. 

Coups de coeur, à venir

L'été avance, la rentrée littéraire aussi. Les services de presse sont peu à peu avalés et Préambule vous propose de découvrir les futures réussites de septembre. Un grand merci à une de nos fidèles clientes, Monique Menguy, qui nous a fait parvenir le résultat de sa lecture attentive et précise et que nous reproduisons ici avec un grand plaisir.

Ron Rash, Le monde à l'endroit

Editions le Seuil

Grâce à sa construction : le personnage central va subir les mêmes horreurs que les habitants de la ville lors de la guerre de sécession (devenir adulte est ici aussi grave et difficile pour le jeune homme que devenir libres pour les habitants en révolte), et grâce à une écriture raffinée et poétique qui aide le lecteur à supporter la barbarie des hommes. 
Cet auteur est un poète, il écrit des choses horribles avec une superbe élégance... Depuis Séréna, je trouvais qu'il s'agissait d'un grand écrivain, mais avec cet ouvrage, Le monde à l'endroit, mon impression se confirme, c'est un grand de la littérature. 

Monique Menguy

Les personnages sont tous magnifiques, superbes. On ne peut en jeter aucun. Et quel style ! On passe de Whitman à Steinbeck en une rythmée en coups de poing. Et on voudrait ralentir la lecture pour ne pas finir l'hisoire. Impossible. Une seule solution : faire partager ce roman

Préambule



Manuel Candré, Autour de moi

Editions Joëlle Losfled

Beau récit, bien écrit qui va, grâce à son style, de la maîtrise des émotions à l'éclatement d'une colère intense et mortifère. Il s'agit de se souvenir d'une enfance malheureuse et cela sans ordre chronologique. L'émotion affleure et monte à mesure que se précisent les évocations douloureuses. C'est un très bau livre à ne pas manquer. 






Monique Menguy



Thierry Dancourt, Les ombres de Marge Finaly

Editions La Table Ronde

 Une ambiance entre Truffaut et Sagan, une écriture à la Modiano. Le narrateur retrouve un amour ancien et recherche ceux qui ont fait partie de leur vie passée. Des jeunes gens snobs et mystérieux dans un monde factice. Et pourtant manipulateur. Un roman aux apparences lisses, l'auteur ne donne aucune clé psychologique évidente, mais qui avance vers la fêlure, le présent se chargeant de régler les comptes. L'histoire n'est pas confortable mais son écriture laisse au lecteur la marque de Thierry Dancourt. 




Préambule