mardi 22 mai 2012

The Horus Heresy : les deux premiers tomes

Je dois par moment donner l'impression de débarquer sur la planète livre, puisque je compte aujourd'hui faire un joli retour en arrière pour mieux m'attarder sur les deux premiers tomes, parus en 2006 et 2007, d'une saga cosmique et épique : The Horus Heresy. Le premier tome est signé par le comicsement doué Dan Abnett (The Authority, Monsieur cosmique chez Marvel, Resurrection Man) et s'intitule "L'Ascension d'Horus", quant au deuxième il est écrit par Graham McNeill (une pure production de Games Workshop que je ne connais pas) sous le titre "Les Faux Dieux".

Que les néophytes en univers Warhammer 40k (dont est inspirée cette saga) se rassurent, pas besoin d'avoir potassé trente-six codex d'armées pour pouvoir apprécier les deux romans. Certes, le connaisseur aura l'avantage d'une immersion plus rapide, mais guère plus. Dans Warhammer 40k, l'humanité, après des millénaires de ténèbres, se réveille sous l'égide de l'Empereur qui décide de lancer la Grande Croisade afin de rassembler toutes les peuplades humaines dispersés aux quatre coins de la galaxie. Fers de lance de la Croisade, les Space Marines se taillent la plus belle part des actions glorieuses et de conquête. Génétiquement modifiés, ces géants immortels (et non pas invincibles) sont les plus belles machines à tuer de l'Imperium. Les Space Marines sont divisés en légions, chacune dirigée par un Primarque, créé à partir des gènes de l'Empereur et transmettant lui-même son code génétique à sa légion. Les romans commencent au moment où l'Empereur décidé de quitter le front de la Croisade et retourne sur Terra. Il nomme à la régence militaire son fils préféré : Horus, primarque des Luna Wolves, le Maître de Guerre. 

Voilà pour le background. Dans "L'Ascension d'Horus", sous-titré "Où sont plantés les graines de l'Hérésie", nous suivons principalement la montée en puissance d'un capitaine des Luna Wolves, Loken. A près un fait d'armes remarquable et remarqué, Loken est invité à siéger au Mournival, le Conseil officieux de la légion, et d'aider en cela le Maître de Guerre à prendre ses décisions. Tout n'est cependant pas rose dans ce premier arc narratif, car entre deux boucheries militaires, Loken est confronté au Warp, au Chaos dans les mystérieux et sombres Pics des Murmures, ce qui l'amène à douter de la cohésion de sa légion. Le doute s'accroît lorsqu'il apprend qu'une loge secrète, pratique proscrite par l'Empereur lui-même, siège au sein des Luna Wolves. Quant au deuxième tome, accompagné du plus explicite "Où l'hérésie prend racine", les choses se précisent. Se jetant droit dans le piège dressé par un de leurs frères d'armes, Horus prend la tête des troupes sur la lune de Davin. La lune est infestée et putréfiée, et la légion croule sous le poids des morts-vivants qui se déversent sur elle. Suivant la trace du message radio qui ne cesse de susurrer  le nom "Nurgh-Leth", Horus affronte l'ancien gouverneur de Davin, putréfié après voir porté allégeance au Chaos. Se débarrassant de l'abomination après un combat acharné, Horus s'écroule et perd connaissance. Pour le sauver, les membres les plus fanatiques des Luna Wolves le transporte dans un temple sacré de la Loge du Serpent. Au cours de ce voyage mystique, Horus s'offre la vision d'un Imperium dévoyé aux forces du Chaos. A son réveil, le Maître de Guerre a fait son choix. 

Voilà à grands traits ce qui se passe dans les deux premiers livres (sur dix-sept en cours de parution, ça laisse rêveur). J'ai décidé de les joindre car ils constituent une forme de prologue au déclenchement à proprement parler de l'hérésie. Ils sont donc fondateurs car ils mettent en place un certain nombre d'enjeux, en premier lieu le cheminement qui conduit Horus à embrasser la voie de la trahison. On trouvera d'ailleurs un petit peu à redire sur le moment fatidique où le pas est franchis, car sans explications détaillées, cela ne reste pas exempt d'un part d'illogique. Les enjeux secondaires sont aussi nombreux : on pressent les dissensions profondes qui vont secouer les Luna Wolves, symbole de la guerre fratricide qui va suivre. Certaines légions des Space Marines sont quant à elles quasiment dans les mains du Chaos, et les futures forces en présence se dessinent peu à peu. Face au mal, on suit aussi, doucement mais sûrement, la création du courant de l'Inquisition, créateur d'une nouvelle religion, faisant de l'Empereur leur Dieu. Tout ce beau monde a très peu de temps avant que les rideaux tombent, pour faire de la Galaxie le théâtre d'un embrasement général. Que dire au niveau de l'écriture ? C'est globalement très bon, du moins c'est ce qu'on attend de ce type d'exercice. Un style fluide, des dialogues percutants, des descriptions fines mais qui vont à l'essentiel, un côté bad ass chez ces monstres du combat, tout est présent. Sans parler des scènes de guerre, à la fois épiques et héroïques, parfois désespérées, mais toujours dynamiques et dirigées d'une plume de maître par les deux écrivains. Les nombreuses références à la mythologie de Warhammer sont présentes, mais les puristes décèleront des apports nouveaux, des ajouts référentiels, eux aussi mythologiques et cosmologiques, qui sont la bienvenue pour étoffer un univers, déjà bien riche. 

Vous l'aurez compris, si vous avez occulté les romans Warhammer, suspectant comme moi un coup commercial de la part de Games Workshop, vous avez à moitié raison. Oui c'est un coup commecial (comme toujours chez eux), mais un bon coup. Qu'est-ce que l'on demande lorsqu'on lit de la SF (disons non-spéculative) ? Que ce soit bigger than life, que ça explose dans tous les sens, et qu'on soit captivé par ce qui y est décrit. Autant dire qu'avec "L'Ascension d'Horus" et "Les Faux Dieux", on est largement servi. Un must à avoir donc.

lundi 21 mai 2012

Bilan du 1er crossover des New 52 : Rise of the Vampires



De retour dans le monde du comics, je tenais à dédier ce billet à un micro-event, malgré tout historique : Rise of the Vampires. Micro, car il tient sur quatre petits numéros (Justice League Dark #7, I, Vampire #7, Justice League Dark #8 et I, Vampire #8), et historique puisque c'est officiellement le premier crossover des New 52. Il anticipe à ce titre, et de peu, le plus ambitieux Night of the Owls, qui occupe l'ensemble de la Bat Family entre les #8 et #9 des principales séries qui la composent.

Comme à notre habitude reprenons le scénario de la nouvelle catastrophe qui menace notre planète Terre. Dans I, Vampire #6 (que je ne lis pas), le héros de la série, Andrew Bennett, vampire de son état, est tué, alors même que la plus grande menace vampirique ressuscite. Le grand méchant de l'event est en effet Caïn himself, homme né de l'ombre, premier vampire ayant foulé la Terre, sorti de sa prison pour réclamer son du. Sentant les sombres signes de cet éveil, Madame Xanadu dépêche à nouveau sa team de choc (Deadman, Zatanna, Shade et John Constantine) à Gotham dont les rues sont peu à peu submergées par les vampires fanatisés de Caïn. Pire, ce dernier absorbe toute l'énergie magique de la Justice League Dark pour décupler ses forces. Le dernier espoir repose sur Constantine et Deadman, chargés de retrouver Andrew Bennett et lui faire prendre conscience de l'éminent rôle qu'il doit remplir au sein de sa communauté.

Rise of the Vampires se lit très bien, même s'il faut bien l'admettre que l'event ne casse pas trois pattes à un canard. Victime peut-être de son format très (trop) court, si on lit tout ça très vite et sans s'ennuyer une seconde, certains passages, retournements, plans héroïques auraient pu prendre plus de place. En somme, les forces résident dans les faiblesses du crossover. Autre bon point, les deux séries s'alternent plutôt bien, alors même que les auteurs effectuent un chassé-croisé (Milligan pour Justice League Dark, Fialkov pour I, Vampire) et la tonalité est bien respectée. Idem pour les dessins, qui sont globalement de bonne facture, un petit bémol peut-être pour les visages féminins chez Daniel Sampere (Justice League Dark), remplaçant pour ces deux numéros Mikel Janin. On est bien dans l'univers Dark des New 52, et les planches faisant la part belle à l'hémoglobine sont présentes, quoique que ça reste tout de même assez gentil. Ici la maturité du récit reste dans l'ambiance générale de l'event, ou dans les répliques toujours sarcastiques d'un Constantine au top de sa forme. 

Alors le bilan ? Si je ne recommande pas expressément sa lecture (à moins que vous soyez un lecteur de I, Vampire et/ou Justice League Dark, mais alors vous l'aurez déjà lu...), il faut tout de même reconnaître que Rise of the Vampires impacte les deux séries. Pour Justice League Dark, un membre quitte (de manière définitive ?) l'équipe, mais surtout au niveau de I, Vampire, l'event sonne un nouveau départ pour la partie vampirique de l'univers des New 52. Un bon moyen peut-être pour entrer dans l'univers de chacune des séries, même si personne ne sera perdu s'il n'entame sa lecture qu'au #9. Rise of the Vampires rassure en tout cas le lecteur DC qui attendait peut-être avec appréhension comment les différentes séries allaient peu à peu se connecter, surtout dans la partie Dark des New 52. S'il faut en croire les éditeurs de la Distinguée Concurrence, la partie introductive des différentes séries s'achève pour enfin les lier dans des enjeux communs. Au vu de ce premier et sympathique essai, on ne peut qu'être optimiste.

jeudi 10 mai 2012

Carnet de Corée, de Serge Delaive

Dernière parution de l'excellente et courageuse maison d'édition La Différence, il me tenait à coeur de relater Carnet de Corée, de Serge Delaive, court texte qui fait écho à quelques titres littéraires sortis en 2012, notamment le somptueux Dernières nouvelles du Sud du chilien Sepulveda. Nous restons ici dans la thématique du carnet de voyage, agrémenté là encore de nombreuses photographies, même si dans le cas présent narrateur et photographe ne font qu'un. 

L'exercice est aussi différent car Delaive ne retranscrit pas un, mais trois voyages en Corée (1999, 2004, 2009), qui s'entremêlent en permanence dans ses courts textes, chacun jouant sa propre mélodie tout en respectant l'harmonie globale de l'ouvrage. Le rapport à la Corée s'impose au narrateur qui a épousé une femme d'origine coréenne, adoptée en Belgique, et qui s'est lancé en 1999 à la recherche de sa véritable mère. Dix ans plus tard, ils y retournent, mais accompagnés cette fois de leurs deux enfants pour leur faire toucher du doigt leurs origines et leur faire rencontrer l'autre famille, biologique mais si lointaine. C'est dans cette double relation, à la fois charnelle (par sa compagne) et tellement étrangère (il est Belge), que se joue une intéressante découverte. Toute personne ayant voyagé, sait rapidement quelles sont les barrières qui s'imposent à l'intrus, néophyte culturel et linguistique. 

"Le voyage. Se retrouver dans un endroit dont on ne pratique ni la langue, ni l'alphabet et se laisser aller dans la musique des sons humains. Un mutisme provisoire et salutaire. Parvenir malgré tout à communiquer en profondeur à l'aide des intonations, du regard, des signes. Du toucher parfois. Scruter les dessins de lettres, de mots indéchiffrables et parfaits. Le voyage. Le mouvement qui fait sens, l'immobilité au regard perçant. Le voyage en tant que radicalité contradictoire : à la fois en apnée dans le monde et aux marges d'un monde inaccessible. A l'extérieur complètement, en absence, mais en même temps là, tellement là. L'expérience de la solitude entre douleur et extase. Quand ouverture rime avec barrières infranchissables."
C'est à travers un homme, voulant tellement comprendre mais comprenant peu, touriste non-ordinaire mais soumis aux même contingences, que nous arpentons ce pays. Les textes sont souvent courts, et s'attachent à décrire les différentes étapes, les paysages et les villes, les réactions de son entourage, les personnes qui s'offrent à sa vision, les sentiments qui habitent la famille. Quand les facultés auditives se révèlent impuissantes, c'est l'oeil seul qui prend le relais pour faciliter l'initiation aux mystères de la Corée. Le souci du détail, de la description pure sans emphase stylistique pour restituer le plus fidèlement possible ce qui s'offre à la vue du voyageur, même si cela implique de rester à un irrémédiable niveau de superficialité.

"Lignes superficielles, je le sais. Voyageur de passage qui effleure la surface, sens en éveil, mais qui ne peut entendre les rouages d'un monde ancien. Occidental en goguette, naïf, qui note au vol ce qu'il saisit à l'avant-plan d'un tableau dont la perspective atteint une profondeur inouïe."
Conscient de ses limites, Delaive s'essaye peu aux considérations ethnologiques ou sociologiques. Tout juste quelques observations géopolitiques, quelques phrases sur le double-visage de la Corée entre modernité occidentale et traditions asiatiques, quelques indications de vocabulaire. Posture habituelle du voyageur s'intéressant au pays d'une personne proche, mais dont les connaissances ne permettent pas d'aller plus loin. Les photographies qu'il prend sont symptomatiques de la chose. Rarement époustouflantes ou "cartes postales", jamais "touristiques" où l'ego du voyageur est sanctifié au détriment du pays qu'il visite, elles sont ses mêmes impressions du quotidien, de l'environnement du voyageur et ce sur quoi son oeil s'est attardé. En somme le complément visuel  fidèle à la tonalité de ce qui est écrit.

Derrière ce carnet de voyage quelque peu déstructuré, se joue cependant un drame humain. Au-delà des "naïves" descriptions d'un Occidental à demi-perdu, il y a l'attention toute particulière d'un homme soutenant sa femme qui renoue avec toute une partie de son passé. Retrouvailles avec la mère biologique, échanges, puis départs et déchirures, Delaive est surtout le témoin discret de bouleversements émotionnels profonds qu'il restitue sans surcharge de pathos, sans exhibitionnisme outrancier.

"Sandra lâche les vannes. Des larmes amères et joyeuses. Des larmes de vie. J'observe la leçon que je n'apprendrai jamais. Je ne suis pas là."

Difficile de conseiller cet ouvrage singulier. Pas de défauts majeurs dans ce Carnet de Corée, mais quiconque recherche l'incongruité du voyage et de ses péripéties, la description fouillée d'un mode de vie "exotique" ou encore une proposition littéraire qui sort de l'ordinaire, sera certainement déçu. J'ai été touché, c'est incontestable, mais probablement car mon propre parcours est en résonance avec ce texte. Ce qu'a vécu le narrateur, je l'ai expérimenté, quoique dans un contexte autre. Peut-être en est-il ainsi avec ce Carnet de Corée, destiné à tous les observateurs silencieux de leçons qu'ils n'apprendront jamais.  

lundi 7 mai 2012

Rencontre à Ceyreste avec Jean-Jacques Jelot-Blanc

Quelques jours avant le festival de Cannes, l'association Taderi Tadera propose à Ceyreste une incursion dans le monde du cinéma.
Elle reçoit en effet  LE spécialiste du cinéma en Provence, Monsieur Jelot-Blanc , biographe officiel de Marcel Pagnol, celui qui fit entrer le 7ème art sous la coupole. 
Il partagera son enthousiasmante connaissance du  parcours exceptionnel de Marcel Pagnol et présentera celui de Louis de Funès, tout aussi étonnant.
A l'issue de cette rencontre , Monsieur Jelot- Blanc dédicacera ses derniers ouvrages:
Pagnol inconnu,  édition Flammarion
La Provence au cinéma   édition Sutton
Louis de Funès    édition Flammarion



Rendez-vous le samedi 12 Mai  19heures 30 Salle de la culture (au-dessus de la bibliothèque) à Ceyreste.
La librairie Préambule est bien entendue associée à l'évènement

PS :  Vous pourrez à cette occasion admirer l'exposition de la céramiste
Corine Guironnet


samedi 5 mai 2012

Bilan d'un crossover Marvel : Fear Itself

Allez, on va continuer dans la thématique du comics, en suivant un petit peu plus l'actualité française, puisqu'en ce début de mois de mai, vient de sortir le dernier fascicule du crossover annuel de Marvel, Fear Itself. Un moyen de se faire un avis définitif et de juger le travail d'un Matt Fraction sous les feux de la rampe, récemment auréolé du statut d'"architecte Marvel". 

Revoyons un petit peu le pitch de Fear Itself. Le Dieu de la Peur d'Asgard, le Serpent, se réveille, bien déterminé à récupérer son bien et détrôner son frère honni, Odin. Pour se faire il s'appuie sur Sin, fille de Crâne Rouge, qui devient rapidement Skadi après avoir pris en main un marteau forgé par le Serpent et qui fait d'elle une déesse. Le plan est simple, convertir sept gros bourrins avec ces mêmes marteaux (qui renferment chacun l'âme d'un Dieu destructeur), et lâcher une armée de robots nazis (toujours efficaces les nazis pour foutre les chocottes) sur la côte Est des USA. Odin, plutôt fataliste pour le père des Dieux à la tête d'une des plus grosses armées mobilisables, décide d'abandonner la Terre à son sort. Thor se rebelle immédiatement et file à la rescousse de cette bonne vieille Misgard, suivant la destinée d'une funeste prophétie. Voilà pour le pitch initial, qui fonctionne plutôt bien sur le papier. Dieu de la Peur + Fille folle et néonazie + Héros en Dieux destructeurs (Hulk, la Chose, le Fléau) + robots nazis, c'est quand même la classe. 


Alors comment est-ce que ça se concrétise dans la durée ? Mal. Oui, autant l'écrire tout de suite pour éviter tout suspense inutile. Fear Itself, c'est pas que c'est pas bon, c'est que c'est quand même très très mauvais. Le problème vient déjà du titre en lui-même, mensonger ou exagérateur. Jamais on ne ressent la Peur en tant que force abstraite et métaphysique qui diviserait nos héros tout en instillant le doute. Jamais. Il ne suffit pas d'écrire "jamais autant de personnes se sont suicidés", "mouvements de panique dans gnagnagna", pour communiquer ce type d'émotion. Il faut que les protagonistes soient baignés dans cette peur, s'en imprègnent, soient paralysés jusqu'au dernier sursaut héroïque  qui la dépasse. Là non, ils sont tranquilles. Certes, ils mangent quand même un petit peu, mais rien de plus que d'habitude. La psychologie des héros Marvel est assez simple, que ce soit des extra-terrestres, des Dieux, des grands méchants, pas de souci, ils vont toujours à la cogne. Et ne comptez pas sur les tie-ins (ces récits annexes des différentes séries impliquées dans l'event) pour combler les manques nécessaires d'un récit qui doit aller vite, et faire dans le spectaculaire. De ce que j'ai pu lire, ceux qui s'en sortent le mieux dans Fear Itself, sont les écrivains qui ont plutôt décidé d'ignorer ce qui se passait dans l'event principal, et de ne garder ça que comme vaste contexte. Technique un peu bizarre pour coller à un event, mais le pire, c'est que ça marche, comme chez les Thunderbolts de Parker. Quand on voit le marasme des Vengeurs de Bendis, on comprend aussi que ça n'a pas forcément passionné tout le monde. 

Les crossovers sont généralement assez scriptés : présentation des enjeux, premiers combats, le Mal l'emporte, quelqu'un meurt, résistance héroïque, renversement inattendu, victoire. Voilà, Fear Itself c'est à peu près ça aussi. Sauf que vous pouvez rajouter un deuxième mort à la fin (pas de Spoil, ne vous inquiétez pas). La mort des superhéros fait souvent débat dans les crossover. C'est un artifice finalement difficile à utiliser, parce que si la mort est mal amenée, le retour de bâton est assez violent. Et c'est le cas ici. Parlons donc de la mort de Bucky Barnes, en plein milieu de l'event, achevé par Sin/Skadi prenant son pied à se faire un Captain America. Bon, et bien il est mort... et je dirais qu'on s'en fout un peu. C'est vrai qu'à la base ce personnage ne me passionne pas plus que ça, mais là ça frise l'anodin. Sérieux Matt, fais-lui faire un truc un peu classe avant de le buter. Le martyr ou le sacrifice, ça a un peu plus de gueule, non ? Après, oui, je sais qu'on s'en fout que Bucky soit mort, parce que dans six numéros tout au plus, on apprendra qu'en fait il est juste blessé. Et dire que Marvel nous aura servi après la mort de Bucky, le couplet de la veuve noire (via les Secret Avengers) pour nous expliquer que c'est vachement triste et douloureux d'être un héros qui meurt jamais. En termes de ridicule, on atteint un joli niveau. Pour le deuxième mort dont je tairai le nom (mais il restera pas mort longtemps de toute façon), là encore, on est à la conclusion de l'event, on est en droit d'attendre un peu d'émotion et de solennité. Mais non ! Fraction conclue ça assez vite, fait presque lâcher une petite vanne par Spidey au passage (presque j'ai dit, hein), et finit sur une scène de voisinage où tout le monde fait copain/copain ! La Peur incarnée est venue sur terre, le monde a échappé à un IVème Reich, et la leçon retenue par l'humanité c'est de prêter sa tondeuse à gazon à son nouveau pote ? What the Fuck !! Il y avait peut-être une symbolique plus pertinente à exploiter.

En fait c'est un peu ça le problème de Fear Itself : c'est que l'event ne sert à rien. Strictement à rien. Fraction a beau enchaîner ses chapitres, on est jamais vraiment impliqué dans le scénario. Cette histoire de prophétie nous passe par-dessus la tête, comme l'essentiel de ce que font les héros. La résolution finale elle-même ne fonctionne pas très bien. Iron-Man fait forger des armes, bénies par Odin, pour les donner à tous ses amis vengeurs qui fracassent l'armée du Serpent. Ce qui est sensé faire classe, fait au final un peu peine, surtout si l'on a en tête la fameuse double page des White Lanterns dans Blackest Night. Iron-Man aurait pu donner des sabres lasers ou des pistolets à eau, ça revient au même, puisque de toute façon c'est Thor qui a l'épée qui tue. Voilà peut-être un souci de Fear Itself, l'essentiel des héros ne sert que de faire-valoir à une intrigue pas super solide. Même chose pour les héros convertis ou possédés. On ne les voit quasiment jamais, surtout les pas connus (le Français, l'Atlante). On peut se poser la question du coup commercial pour réserver telle menace à un héros en particulier (au hasard, Namor pour l'Atlante), mais là aussi ces destructeurs ne sont que des bouche-trous, qui ne sont jamais impliqués au coeur des enjeux, a contrario de Skadi et du Serpent. Ce qui pose problème a posteriori, c'est la facilité avec laquelle ce bordel aurait pu être résolu, de manière logique. Mais bon, la logique et Marvel en ce moment ... Généralement, un crossover inaugure une nouvelle période de statu quo, une nouvelle ère avec de nouveaux rapports de force. Je me demande vraiment ce qui sera impacté. A priori, pas grand chose. Dommage, Secret Invasion avait amené Dark Reign, Siège l'Heroic Age, et on pouvait peut-être espérer cela de Fear Itself, qui n'aura qu'un épilogue, Fearless, pour se diluer dans la continuité des séries habituelles. Tout ceci confirme effectivement le caractère anecdotique de l'ensemble. 

Il serait peut-être temps de conclure. Vous aurez compris, Fear Itself, c'est nul, archi-nul, c'est encore plus nul que Secret Invasion. Faut faire fort, pour s'ennuyer à ce point pendant tout un crossover (dire que je l'ai longtemps défendu en attendant vainement le sursaut salvateur...). Et comme quoi, même si Immonen aura tout fait pour délivrer un dessin souvent très réussi, c'est l'écriture qui prime sur l'illustration. Et quand on pense que Fraction est supposé être un des ténors de la Maison des Idées... Enfin, voilà la cuvée Marvel 2010/2011 n'aura pas été super, a contrario de DC (Brightest Day, Flahspoint, autrement mieux foutus). Attendons le Avengers vs X-Men qui s'annonce autrement plus épique.  




PS : j'édite le message pour rectifier une de mes erreurs. Vraisemblablement, l'aftermath de Fear Itself, Fearless est plus conséquent que prévu. Six fascicules sont a priori prévus chez Panini. A titre personnel, je n'en achèterai aucun, car l'event ne m'a, comme vous l'aurez compris, pas trop passionné. De plus je trouve soit consternant, soit révélateur, qu'un crossover qui aura mobilisé tant de séries pour des tie-in à la qualité variable, ait besoin d'autant de numéros pour combler ses trous.

vendredi 4 mai 2012

New 52 : Swamp Thing

Swamp Thing (#1-7)

Le temps est venu d'enfin terminer mon tour d'horizon des séries new 52 du relaunch DC. Certaines séries ayant rencontré un succès immédiat, il a fallu attendre certaines réimpressions, ruptures momentanées de stock, qui m'ont empêché d'achever la lecture de la série que je vais chroniquer aujourd'hui. Place à un des personnages phares du label Vertigo qui a fait le voyage dans les New 52 : Swamp Thing !

Les plus vieux lecteurs de comics (pas moi donc) connaissent probablement le personnage sur le bout des doigts. A part un vieux volume de Swamp Thing par Alan Moore (publié par Delcourt) et le plus récent Brightest Day, je ne suis pas donc pas le plus érudit en la matière. Disons tout de même qu'historiquement le Swamp Thing est un élémentaire de la nature, créé à partir des restes du corps d'Alec Holland, un biologiste, décédé dans les marais après l'explosion de son laboratoire. Scott Snyder récupère bien évidemment les bases du personnage tout en proposant sa propre version. On retrouve au début de la série Alec Holland, fraîchement ressuscité, biologiste en congé, et qui pourtant, est en possession de tous les souvenirs de la créature qui avait pris possession de son corps. S'il n'a jamais été le Swamp Thing à proprement parler, il en a néanmoins gardé toute la charge mémorielle. Certains dérèglements dans le monde alertent Superman qui vient avertir Holland et solliciter son aide. Après avoir éconduit le kryptonien, Holland reçoit la visite d'un des membres du Parlement des Arbres qui lui révèle son destin. Holland a toujours été lié au "Vert", l'est toujours, et doit embrasser totalement sa cause, en tant que champion ultime face à sa plus grande menace "La Pourriture", qui déferle sur le monde. En somme, il doit revenir le Swamp Thing. Le reste de ce premier arc est composé d'une course poursuite contre un des avatars de la "Pourriture", à peine réveillé, et qui rassemble une énorme armée dans la Vallée de la mort. Accompagné d'Agibail Arcane, le vieil amour du Swamp Thing à laquelle il est toujours connecté, Holland est confronté à un choix cornélien, pour sauver le "Vert" en déroute face aux hordes de la Pourriture, et in fine, le monde. 

Scott Snyder construit donc une mythologie qui fait écho à ce qui est décrit dans Animal Man. Trois puissances s'opposent sur Terre, le "Vert" (les forces végétales), le "Rouge" (les forces animales) et "la Pourriture", représentés ou incarnés par différents avatars et champions. Dans les New 52, "La Pourriture" est en passe de rompre cet équilibre précaire, il paraît évident que le "Vert" et le "Rouge" sont amenés à s'allier, même s'il est suggéré que ces deux forces sont également antagonistes. Autant dire que Snyder maîtrise largement son sujet et qu'il nous livre sept premiers numéros de très grande qualité. Sa vision du Swamp Thing est cohérente, novatrice et a à peine effleuré tout le potentiel qu'il entrouvre. Tout ce premier arc se lit aussi comme la première quête initiatrice du héros, du moins en respecte les grandes lignes : personnage perdu, mentors qui révèlent les enjeux de son combat, acception dans la douleur de son destin. Un moyen efficace de créer l'empathie avec Alec Holland, dont on suit avec intérêt chacun des doutes intérieurs ainsi que les choix particulièrement difficiles à effectuer. L'émotion est là puisque Holland s'accroche désespérément à un amour qui n'a jamais été le sien et qu'il s'apprête de nouveau à perdre. Savant dosage d'horreur, d'héroïsme, d'introspection psychologique, de mythologie shamanique, et de drame humain, Scott Snyder confirme donc tout le bien qu'on peut penser de lui. 

Passons aussi rapidement sur le dessin, essentiellement assuré par Yannick Paquette, même si d'autres dessinateurs interviennent ponctuellement. Plus dans les standards que celui d'Animal Man, cela n'en reste pas moins d'excellente facture, détaillé, et qui collent bien à la tonalité mature de la série. Au même titre qu'Animal Man, on sent que DC a donné carte blanche à ses artistes, et le gore, le sanguinolent sont bien présents dans ces sept premiers numéros. Mais après tout, on parle quand même de la "Pourriture" et du retour de l'enfer sur Terre.  Il est donc logique que le traitement visuel soit à la hauteur de cette thématique. Certains trouveront cela peut-être dérangeant, mais je tenais aussi à signaler la composition particulière des cases dans Swamp Thing. C'est original, et ça brise un peu les codes classiques du comics auxquels nous sommes habitués. Un bon point pour assurer une identité propre à un héros si particulier. 

Vous vous attendez donc à ce que je vais écrire. Et oui, Swamp Thing est une des meilleures séries des New 52. Certains pouvaient craindre une édulcoration de la série hors label Vertigo. Que Nenni ! Swamp Thing est destiné à un public qui a le coeur accroché et qui attend d'un écrivain un scénario plus complexe qu'à la normale. Sachant qu'Urban est en train de révéler ce qui sera publié en vf, je ne peux que vous conseiller de faire l'investissement en vo (les TPB sont en train de sortir) de deux grands oubliés de leurs annonces : Swamp Thing avec Animal Man, of course.

jeudi 3 mai 2012

Les Anges de New York, de R.J. Ellory

Histoire de me changer les idées, et accessoirement de combler une de mes nombreuses lacunes dans le domaine du roman policier, je vous propose aujourd'hui de nous intéresser aux Anges de New-York, de l'américain R.J. Ellory, publié récemment chez Sonatine. 

Commençons donc par les fondamentaux du polar : les personnages et l'intrigue. Ellory construit l'essentiel de son roman autour de l'inspecteur du NYPD, Frank Parrish, 44 ans. Archétype du flic sévèrement dans la merde, il cumule tous les problèmes : divorcé désormais célibataire, relations, ex-femme qui le déteste, sa fille n'est pas toujours réceptive à ses attentions particulières, son partenaire vient de se faire tuer et pour couronner le tout il est également sur la sellette dans son travail après quelques entorses au règlement de la police. Pour le moins placé sur la corde raide, Parrish récupère alors une affaire de double-meurtre. Obsédé par le visage de la jeune victime de seize ans qui hante ses rêves, il se jette corps et âme dans le travail pour ce qui ressemble fort à un baroud d'honneur. Flanqué d'un nouveau coéquipier, imposé par ses supérieurs qui cherche à le recadrer, son enquête prend une nouvelle envergure lorsque Parrish fait le lien entre son affaire et une série de meurtres non-élucidés de filles du même âge. En parallèle, notre protagoniste se retrouve confronté à la figure paternelle, l'inspecteur John Parrish la légende des "Anges de New-York", le groupe anti-mafia qui a fait l'honneur du NYPD. Au cours de séances imposées avec une psychologue de la police, il règle ses comptes avec l'image publique de héros de son père décédé, et révèle l'histoire sombre de la corruption de l'ensemble des forces de l'ordre et de tous les mauvais coups dans lesquels son géniteur était impliqué. 

Les Anges de New-York est typiquement le genre de polar qu'il m'est difficile de commenter, en bien comme en mal. Il illustre à merveille cette catégorie d'écrivains dont on dit "ils font le job". Tout est efficace à commencer par Frank Parrish en inspecteur attachant, à la fois perdu et compétent, héritier des dinosaures qui sont de moins en moins adaptés à un système trop procédurier qui les frustre. L'intrigue aussi est bien ficelée, ayant son lot de rebondissements savamment dosés pour maintenir en haleine le lecteur en manque de suspense. La langue, comme souvent chez les Américains, est crue et colle parfaitement à l'ambiance relativement désenchantée. Les parenthèses sur l'histoire de la mafia new-yorkaise sont autant de compléments riches et détaillés qui rajoutent une dimension "historique" bienvenue. Tout est efficace, mais rien n'est transcendant non plus. Quand bien même Ellory effleure la thématique de la pédophilie et des snuff movies, le top de la saloperie humaine il faut bien l'admettre, le roman reste relativement édulcoré dans son traitement, l'écrivain restant souvent évasif sur ces atrocités. Non pas que je sois absolument friand d'un voyeurisme absolu, mais on sent que Ellory s'est quelque peu bridé au moment de plonger dans les mécanismes les plus sombres et effrayants que le sujet permet. Même critique pour ce si beau titre, Les Anges de New-York, in fine un peu mensonger. S'il fait (peut-être) référence au chef d'oeuvre de Sydney Lumet, Les Princes de la Ville (et pas Serpico, hein Sonatine !), il ne fait là-aussi que survoler ce chapitre honteux de l'histoire du NYPD, et n'atteint jamais le traitement mythique de son pendant cinématographique. D'une part, les retours dans le passé ne sont pas aussi exhaustifs et poussés qu'on aurait pu le souhaiter. D'autre part, et c'est plus dérangeant, ils ne servent absolument à rien dans l'évolution psychologique de Frank Parrish qui se charge pourtant de l'autopsie mémorielle, et ne font pas écho à ce qui se déroule dans le présent. Le problème donc avec ces "Anges de New-York", c'est qu'ils ne planent pas sur le roman. 

Les Anges de New-York est en quelque sorte le produit standard de la littérature polar nord-américaine, ou le creux de la vague dans l'inévitable bibliographie en dents de scie d'un auteur pourtant renommé. Efficace, ni plus ni moins. Cependant, il ne faudrait pas non plus oublier que même une oeuvre mineure d'un Américain doué restera largement supérieure à la tripotée de romans qui inondent les rayons des librairies. Les amateurs du genre qui en veulent pour leur argent (pour qu'une fois qu'on a un polar qui dépasse les 500 pages), sans trop être déprimés à la fin de leur lecture, trouveront donc largement leur compte dans ce roman, somme toute bien écrit et accrocheur.